Cora dans la spirale de Vincent MESSAGE

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464 pages – 21.00 € TTC

Parution : en août 2019 aux éditions du Seuil, en poche aux éditions Points (Seuil).

cora dans la spirale
504 pages – 8.60 € TTC

Le style, le genre : roman social construit comme un thriller dont les faits sont rapportés par un narrateur appelé Mathias, journaliste enquêtant sur la société Borélia.

L’auteur : Vincent était pour moi avant de lire ce livre un illustre inconnu, Seuil n’en dit pas beaucoup plus sur sa fiche biographique : « il est né en 1983. Paru au Seuil en 2009, son premier roman Les Veilleurs (2009) a connu un important succès critique et public. » Il a fait des études de lettres et de sciences humaines à l’ENS. Wikipedia nous apprend qu’il enseigne depuis 2008 la littérature comparée à l’Université Paris VIII. Il y co-dirige le master de création littéraire qu’il a créé en 2013 avec Olivia Rosenthal et Lionel Ruffel.

Les lieux : Paris, La Défense.

cora vincent message

L’histoire : Après avoir donné naissance à une petite fille, Cora Salme reprend son travail chez Borélia. La compagnie d’assurances vient de quitter les mains de ses fondateurs, rachetée par un groupe qui promet de la moderniser. Cora aurait aimé devenir photographe. Faute d’avoir percé, elle occupe désormais un poste en marketing qui lui semble un bon compromis pour construire une famille et se projeter dans l’avenir. C’est sans compter qu’en 2010, la crise dont les médias s’inquiètent depuis deux ans rattrape brutalement l’entreprise. Quand les couloirs se mettent à bruire des mots de restructuration et d’optimisation, tout pour elle commence à se détraquer, dans son travail comme dans le couple qu’elle forme avec Pierre. Prise dans la pénombre du métro, pressant le pas dans les gares, dérivant avec les nuages qui filent devant les fenêtres de son bureau à La Défense, Cora se demande quel répit le quotidien lui laisse pour ne pas perdre le contact avec ses rêves.

À travers le portrait d’une femme prête à multiplier les risques pour se sentir vivante, Vincent Message scrute les métamorphoses du capitalisme contemporain, dans un roman tour à tour réaliste et poétique, qui affirme aussi toute la force de notre désir de liberté.

Mon avis : c’est un drôle de livre, mais où veut-il en venir me suis-je demandé jusqu’au premier tiers de la lecture, il y est question de la banalité de la vie quotidienne, de la platitude de la vie de couple et de la vie de famille ou plus grand-chose ne se passe… en parallèle, guère plus engageant, c’est la déshumanisation des emplois dans les grandes entreprises (open-spaces, hiérarchies qui s’empilent), la concurrence féroce entre grands groupes, rachats, fusions, économies d’échelle et tutti quanti, le capitalisme dans toute sa splendeur. Dans les deux cas on s’enthousiasme, on encaisse, on se casse et puis on redémarre…

C’est ainsi que certaines journées passent. Et celles qui passent ainsi, tranquilles, méritent d’être vécues et qu’on s’en souvienne. « Je n’ai pas bâti de ville, écrit Cora un dimanche soir dans ses carnets, après avoir noté quelques détails d’un de ces moments-là. Je n’ai pas construit de tour. Ma tête ne s’approche pas du ciel. Je ne me suis pas fait un nom. L’Eternel n’a pas ressenti le besoin de me réduire en charpie et de disperser mes lambeaux sur toute la surface de la Terre. J’ai construit ce bonheur-là. » Elle a mûri, vieilli, laissé assez loin derrière elle une part de sa mégalomanie d’ado. Elle a aimé de toutes ses forces cette vie, dans ce qu’elle avait aussi de quotidien et d’ordinaire. Est-ce qu’elle pouvait, dans ces circonstances-là, voir monter le danger ? Est-ce qu’elle était censée se rappeler que les bonheurs modestes ne sont pas forcément plus pérennes que les ambitions démesurées ? Et quand bien même elle aurait eu cela constamment à l’esprit, dites-moi, vous les grands anges qui surveillez de là-haut avec désinvolture, vous les créatures des Enfers qui montez nous mordre au talon : qu’est-ce que cela aurait changé ?

Et alors que je commençais à me lasser un peu d’un constat que chaque salarié et parent peut faire (on se reconnaît souvent au détour de l’une ou l’autre des situations), le roman démarre vraiment, le ton est plus lumineux quand Cora se souvient de sa vie à Berlin et de son regret de ne pas avoir persévéré comme photographe. Et puis… et là je ne vais plus pouvoir dire grand-chose des surprises qui vont venir bouleverser sa vie (rencontres, mésaventure à la gare Saint Lazare, etc.) alors qu’elle ne s’y attend pas (et nous non plus).

On ne sait pas grand-chose du narrateur, on est intrigué il s’appelle Mathias il est journaliste et il écrit un livre sur l’histoire de Borélia. Il dissèque l’entreprise, grand groupe d’assurances, en la considérant comme une entité quasi humaine. Il part à la rencontre des protagonistes dont on sait très très vite qu’ils ont été les témoins d’un drame impliquant Cora. Tout se délie petit à petit jusqu’à une fin que j’estime magistrale. Ne tentez pas, comme certains le font parfois, de lire les dernières pages avant de commencer le roman…

Pour résumer : Un destin de femme. De la banalité puis du gris, à l’intérieur de ce gris des éclats de couleur, et du noir avant peut être de retrouver un peu de couleur.

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