Leurs enfants après eux de Nicolas MATHIEU

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leurs enfants après euxParution : en août 2018 dans les éditions Actes Sud, en poche Actes Sud/Babel en août 2020.

432 pages 21.80€ / Le poche 560 pages 9.90€leurs enfants après eux poche babel

Le style, le genre : roman quasi autobiographique sur l’adolescence et les jeunes adultes, sur le quotidien d’une province économiquement déshéritée et sur la perte des illusions qu’elles soient amoureuses ou sociales.

Les lieux : à Heillange (nom imaginaire) dans une région de l’Est de la France, pas loin du Luxembourg, où tous les noms se terminent par ange, on pense forcément à Hayange… et à la Moselle.

L’auteur : Nicolas Mathieu est né en 1978, à Épinal. Après des études d’histoire et de cinéma, il s’installe à Paris où il exerce une multitude de métiers (scénariste, stagiaire dans l’audiovisuel, rédacteur dans une société de reporting, professeur à domicile, contractuel à la mairie de Paris…). En 2014, il publie son premier roman, Aux animaux la guerre, dans la collection Actes noirs, et reçoit le prix Erckmann-Chatrian, le prix Transfuge du meilleur espoir Polar et le prix Mystère de la critique.  Il participe à l’adaptation du roman qui devient une série diffusée sur France 3, avec Roschdy Zem dans le rôle principal.nicolas mathieu leurs enfants après eux

Son deuxième roman, Leurs enfants après eux, parait pour la rentrée littéraire 2018. Salué par une critique enthousiaste, il est récompensé par le prix Blù Jean-Marc Roberts, la Feuille d’or de Nancy, le prix des Médias France Bleu-France 3-L’Est Républicain, le prix du deuxième roman Alain Spiess-Le Central et le prix Goncourt 2018. Nicolas Mathieu vit aujourd’hui à Nancy.

L’histoire : Août 1992. Une vallée perdue quelque part dans l’Est, des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a quatorze ans, et avec son cousin, pour tuer l’ennui, il décide de voler un canoë et d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence. Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt. Quatre étés, quatre moments, de Smells Like Teen Spirit à la Coupe du monde 98, pour raconter des vies à toute vitesse dans cette France de l’entre-deux, des villes moyennes et des zones pavillonnaires, de la cambrousse et des ZAC bétonnées. La France du Picon et de Johnny Hallyday, des fêtes foraines et d’Intervilles, des hommes usés au travail et des amoureuses fanées à vingt ans. Un pays loin des comptoirs de la mondialisation, pris entre la nostalgie et le déclin, la décence et la rage.

Mon avis : le roman se compose de quatre chapitres (quatre unités temporelles) : 1992 Smells Like Teen Spirit, 1994 You Could Be Mine, 14 juillet 1996 La Fièvre, 1998 I Will Survive. Composition que j’ai trouvée intéressante, elle permet de bien suivre l’évolution de chaque personnage.

C’est un livre qui s’apprécie sur la durée, le début ne m’a pas enthousiasmé peut être que les préoccupations des ados ne sont plus les miennes… Mais très vite l’atmosphère s’épaissit , les difficultés de ces jeunes garçons et filles rencontrent celles des adultes paumés et précaires qui elles-mêmes reflètent la détresse de toute une région. On ne peut que se souvenir avec peine des catastrophes économiques qu’ont rencontrés les Lorrains à partir des années 1980. Se sont greffées inévitablement au chômage les tensions avec les populations immigrées, la délinquance et l’alcoolisme des « référents familiaux », autrement dit ici le père d’Anthony.

Autant le dire le roman se dévore, je suis happée par ce récit se situant entre zones de cités ouvrières d’une ville moyenne et des coins de campagnes qui sont les lieux des rencontres amoureuses, des fêtes et des bastons. Chaque protagoniste connaît un moment d’espoir, celui de quitter ce monde synonyme de rabaissement et de renoncement, certains vont y arriver, d’autres non. Nicolas Mathieu pour nous le montrer n’hésite pas à nous miner le moral, je résume : la vie c’est de la merde, pour s’en sortir il faut un exploit !

Il l’a réalisé : « au départ, on pourrait tenter cette hypothèse : un roman, ça s’écrit toujours à la croisée des blessures. Ici, j’en verrais trois, disons les miennes. D’abord, l’adolescence. J’ai été cet enfant qui finit, qui rêve de sortir avec la plus belle fille du bahut, et veut sa part du gâteau. Et puis la plus belle fille ne veut rien savoir, le monde reste insaisissable, le temps passe et c’est encore le pire. Il y aura des étés, des flirts, les poils qui poussent, la voix qui mue. Ce sera le plus beau de la vie, et le plus cruel aussi. Dans une histoire, j’essaierai de mettre des mots là-dessus, la cicatrice à partir de quoi tout commence. L’autre plaie, ce serait celle du social et des distances. Quand j’étais petit, on m’a raconté un mensonge, que le monde s’offrait à moi tel quel, équitable, transparent, quand on veut on peut. Mais un jour, peut-être grâce aux livres, le voile s’est déchiré et j’ai commencé à comprendre. Cette leçon des écarts, des legs et des signes distinctifs, cette vérité des places et des hiérarchies, ce sera mon carburant. Enfin, il y a ce départ. Je suis né dans un monde que j’ai voulu fuir à tout prix. Le monde des fêtes foraines et du Picon, de Johnny Hallyday et des pavillons, le monde des gagne-petit, des hommes crevés au turbin et des amoureuses fanées à vingt-cinq ans. Ce monde, je n’en serai plus jamais vraiment, j’ai réussi mon coup. Et pourtant, je ne peux parler que de lui. Alors j’ai écrit ce roman, parce que je suis cet orphelin volontaire. » N.M.

Pour résumer : beaucoup de dureté et de combat dans ce livre, chacun ne pourra pas faire autrement si son milieu familial a été modeste de vérifier si sa vie a été fidèle au rêve de départ, gageons que peu y arrivent vraiment.

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