
Parution : en février 2026 dans les éditions Flammarion.
Broché : 314 pages – 22,50 € Poche : dans quelques mois…
Le style, le genre : témoignage intime écrit avec la romancière Judith Perrignon sur ce qu’on a appelé l’affaire des viols de Mazan.
Mon avis : ce ne sera pas une note de lecture comme les autres vous l’imaginez bien. J’ai hésité avant d’acheter le livre, peut-être peur de me retrouver submergée par cette infamie, mais je ne le regrette pas.
Immense respect pour le cheminement de cette femme qui, je l’espère, servira à toutes les victimes actuelles ou futures.
Tout au long de la lecture j’ai ressenti une continuité dans le combat des femmes, que je peux résumer un peu rapidement par la théorie, l’action, le témoignage,
La théorie sociologique et philosophique de Simone de Beauvoir avec le Deuxième sexe.
Les luttes sur le terrain du MLF, de Femmes solidaires, la Maison des Femmes, Osez le féminisme, Le Collectif Féministe Contre le Viol, la Fondation des Femmes, et les autres associations que je ne peux toutes citer.
Et le témoignage de l’intime, du vécu de Gisèle, qui n’est malheureusement pas le seul. L’inscription dans ce combat elle le découvre au fil des ans, sans qu’elle le veuille, comme une évidence. La lecture est évidemment poignante et touchante, j’ai été bouleversée, mais on en sort renforcé(e)s, c’est un texte à faire lire à toutes les femmes, et notamment aux jeunes femmes, et à tous les hommes de bonne volonté, qui ne doivent pas » avoir honte d’être un homme « . Les autres il n’y a malheureusement plus rien à faire…
Lors d’une suspension d’audience au cours du procès d’appel à Nîmes, le commissaire divisionnaire d’Avignon, Jérémie Bosse Platière, qui a été en charge de l’enquête après l’arrestation de Dominique, est venu me voir. « Je tenais à vous dire comme je suis heureux, que vous alliez bien. » Il m’a serré la main longuement, il ne la lâchait pas, comme si ma paume dans la sienne pouvait enfin nettoyer sa tête de mon corps inconscient, des atrocités commises qu’il avait été contraint de regarder. Je sais, comme cette histoire hante encore ceux qui ont été chargés d’en collecter tous les détails pour l’enquête, et je leur dois la vie. Je sais aussi qu’elle poursuit les journalistes qui ont eu la douloureuse expérience de chroniquer le long procès. A eux, je dois de ne pas avoir été seule face à mes bourreaux, ils sont venus si nombreux quand mes avocats ont annoncé ma décision d’ouvrir les portes du tribunal, ils sont venus de partout pour raconter ce qui s’y jouait, bien plus qu’un défilé de monstres, une plongée en nous tous, hommes et femmes ordinaires, dans nos chambres, nos liens, nos familles, nos égouts. Cette histoire brasse notre violence, notre crasse à peine souterraine, nos traumatismes dormants, nos silences, nos fuites, elle est le sale reflet de la domination et de la prédation qui structurent encore notre monde.
Pour résumer : j’ai presque l’impression maintenant qu’elle fait partie de moi… Je conseille ce livre mille fois.
