Dans la nuit de Bicêtre de Marie DIDIER

le

Parution : en 2006 chez Gallimard ; en 2007 en poche Folio (réédition en 2010)

Le genre, le style : essai de sciences humaines, l’auteur s’adresse directement au sujet de son étude, Jean-Baptiste, en le tutoyant.

Les lieux : à Bicêtre (devenu depuis 1896 Le Kremlin-Bicêtre) en Val de Marne.

L’auteur : Marie Didier est née en 1939 à Nancy puis passe son enfance en Haute-Garonne. Elle est médecin et a exercé en médecine libérale, en milieu hospitalier, dans des dispensaires et dans des camps tsiganes. Elle se définit comme « une militante engagée aux côtés de tous les déshérités ». Elle devient écrivain-médecin et connaît sa première reconnaissance littéraire avec « Dans la nuit de Bicêtre » qui obtient en 2006 le prix « Jean Bernard » décerné par l’Académie nationale de médecine.

Le sujet : Marie s’est intéressée à un personnage aujourd’hui oublié mais qui a joué un rôle essentiel dans l’histoire de la psychiatrie, Jean-Baptiste Pussin, dans l’ombre de Philippe Pinel. Il quitte la Franche-Comté conquise récemment par la France. Beaucoup de tanneurs sont écrasés par les impôts sur le cuir forçant nombre d’entre eux à s’exiler. Ce simple garçon tanneur franc-comtois, probablement né en 1745, quitte Lons-le-Saunier pour aller vers Paris. Atteint d’abcès au cou (des écrouelles), il a été ramassé dans une venelle de la capitale et échoue à l’Hôtel-Dieu, « cet abri, ce mouroir des perdus, des malades, des vénériens, des fous, de tous les pauvres de France ». Il entre à Bicêtre une première fois en 1771 et y revient très vite après avoir obtenu un certificat « d’incurable » : jamais il ne guérira mais il ne mourra pas… Il est envoyé à « Bicêtre dont le seul nom fait frémir quiconque le prononce ».

A 26 ans il devient un « bon pauvre semblable à tous ces miséreux qui affluent sans cesse à Bicêtre ». Mais Jean-Baptiste non seulement ne perd pas pied dans cet enfer mais montre vite une douceur inconnue dans ce lieu, d’abord à l’égard du peuple d’enfants martyrisés, (cela attire l’attention du maître des enfants malades) puis à l’égard des fous, ces hommes enchaînés et hurlants. Ce qu’il réussit à faire va révolutionner l’approche de ce peuple d’aliénés et influencer Philippe Pinel, médecin précurseur de la psychiatrie, qui va regarder et reprendre à son compte le refus de Jean Baptiste d’entraver les malades mentaux par des chaînes, et plus généralement pour l’humanisation de leur traitement. Après la Révolution française, le docteur Pinel bouleverse le regard sur les « fous » en affirmant qu’ils peuvent être compris et soignés. Il préconise le «traitement moral» du malade, les psychothérapies d’aujourd’hui.

Jean-Baptiste deviendra « gouverneur des fous » de Bicêtre en 1785.

Mon avis : un peu moins de 200 pages qui se lisent très facilement et qui posent les bases de la psychiatrie moderne. Marie Didier a su retrouver dans les archives des Hôpitaux de Paris, dans les bibliothèques de Sainte-Anne et de Bicêtre des témoignages et des rapports très émouvants et parfois épouvantables sur ce que l’on faisait subir à ces hommes, ces femmes et ces enfants. Je conseille aux Kremlinois qui me lisent de courir dans la librairie de la ville acheter cet essai et aux autres de venir suivre une visite de l’hôpital de Bicêtre conduite par un conférencier (c’est gratuit) en septembre pendant les Journées du Patrimoine. Vous descendrez dans les cachots fermés habituellement au public, vous pourrez voir le puits immense décrit dans le livre, et vous visiterez les pavillons des aliénés.

Le seul regret que j’ai eu à la lecture du livre c’est ce tutoiement de l’auteur envers Jean-Baptiste qui m’a considérablement gênée même si j’en comprends les raisons puisque l’engagement en faveur des fous de ce garçon trouve un écho à l’engagement militant de cette médecin hors normes.

Pour résumer : un livre à lire qui donnera sans doute envie à certains de lire des ouvrages un peu plus poussés sur le sujet, et particulièrement sur Philippe Pinel qui fut célébré dans l’Europe entière.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s