Rose Valland, l’espionne à l’œuvre de Jennifer LESIEUR

rose valland jennifer lesieurParution : dans les éditions Robert Laffont en mai 2023

Broché : 227 pages – 19.50 €

Les lieux : France, Allemagne, Autriche.

Le style, le genre : biographie légèrement fictionnée, agrémentée d’une excellente postface d’Emmanuelle Polack, historienne de l’art spécialiste de la spoliation et des restitutions d’œuvres d’art.

L’auteure : née en mai 1978 Jennifer, dès son enfance, est une grande voyageuse. Elle travaille comme journaliste à Paris, dans le gratuit 20 minutes ou encore LCI. Parallèlement, elle étudie les œuvres et vies de personnalités des arts et de la littérature, et notamment d’écrivains voyageurs. Auteur de la première biographie française de Jack London (prix Goncourt de la biographie 2008), elle a depuis raconté les destins de l’aviatrice Amelia Earheart, de la musicienne Patti Smith ou, plus récemment, de l’auteur Bruce Chatwin. En 2024 paraîtront deux autres ouvrages.rose valland jennifer lesieur

Le thème : Cette femme a sauvé plus de soixante mille œuvres au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais personne ne connaît son nom : Rose Valland. Lorsque Goering débarque à Paris pour se servir parmi les collections spoliées aux Juifs, elle est là, qui espionne, fondue dans le décor, insoupçonnable. Elle voit et note tout. Les titres, les artistes, les propriétaires, les origines et les destinations. Au risque d’être fusillée ou déportée. Elle poursuit sa mission de justice jusqu’à sa mort, mais son obsession du secret touche jusqu’à sa vie privée, jugée inavouable.

Pour résister, il faut savoir disparaître. Le roman de sa vie lui redonne sa place dans l’Histoire.

Mon avis : agréable biographie qui retrace bien la mission que Rose s’est assignée dès la déclaration de guerre en 1939, pourtant j’attendais un peu plus d’informations sur la responsabilité des marchands d’art et sur les bénéficiaires des spoliations, et un maximum de détails qui auraient exigé bien plus que 227 pages . Toutefois elle a le mérite de poursuivre le chemin vers la connaissance et la reconnaissance de Rose Valland, il est vrai inconnue du grand public il y a peu, et longtemps ignorée par les « pontes » (auparavant à 100% masculins) de l’art en France. Elle l’est de moins en moins et c’est heureux.

Après avoir suivi un cursus aux Beaux-arts et être diplômée de l’institut d’art et d’archéologie de la Sorbonne (nous avons ce point en commun) elle rédige une thèse sur « l’évolution du mouvement dans l’art jusqu’à Giotto » mais, et ça n’a guère changé, provinciale (Iséroise) et sans relations elle vit en donnant des cours de dessin et en écrivant des articles dans des revues d’art. En 1932 elle entre enfin au Jeu de Paume (qui s’appelait alors le musée des Écoles étrangères contemporaines) avec un poste d’assistante qu’on appellerait aujourd’hui contractuel. Elle va considérer le Jeu de Paume comme sa maison et protéger toutes les œuvres comme si elles étaient ses enfants.

D’où la mission qui lui tient tellement à cœur : vite évacuer les œuvres du Louvre, du Jeu de Paume vers Chambord dans un premier temps,  puis plus loin au fur et à mesure de l’avancée de la Wehrmacht. Et se transformer en souris grise sans faire aucune vague, c’est très bien rendu par l’auteure, pour répertorier en secret toutes les destinations des innombrables caisses en partance pour le Reich.

Le sous-titre « l’espionne à l’œuvre »  explicite la suite intensive de son action en Allemagne  occupée zigzagant entre les autorités russes, américaines et anglaises en employant des méthodes dignes des meilleurs OSS. J’ai découvert cet aspect.

Pour résumer : c’est en lisant La part des cendres d’Emmanuelle Favier qui évoque largement mademoiselle Valland, que j’ai eu envie d’aller plus loin. Rose Valland est une ode au courage et au désintéressement. Chapeau bas ! Je recommande.

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