Les figurants de la mort de Roger de Lafforest

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LAFFOREST-COUVERTURE

Parution : avril 2009 éditions L’Arbre Vengeur

L’auteur : Roger est né le 11 janvier 1905 à Paris et décédé à Lasalle (Gard) le 16 novembre 1998. Il fait des études de droit et de lettres. Evoluant dans les milieux intellectuels de droite, ses maîtres sont Jacques Maritain et Charles Maurras. Avant la seconde guerre mondiale Roger est connu comme poète, romancier et journaliste. Il collabore depuis le milieu des années 20 à des revues de droite. Il fréquente des personnages ambivalents, complexes et très différents tel Jean Cocteau (dont l’attitude pendant l’Occupation a fait débat), Maurice Sachs (juif, homosexuel, escroc, trafiquant et … collaborateur de la Gestapo), mais aussi Blaise Cendrars. Ses activités pendant l’Occupation le feront mettre au ban du Comité National des Ecrivains à la Libération. Son activité d’écrivain va en souffrir, sa production littéraire est un peu moins bonne. Il se tournera alors vers la parapsychologie avec à la clef un best-seller « Ces maisons qui tuent » en 1970 chez Robert Laffont (disponible aujourd’hui en poche J’ai Lu)

Son œuvre comporte cinq romans et un recueil de nouvelles. Deux romans se détachent « Kala-Azar » (1930) et « Les Figurants de la mort » (juin 1939) parus chez Grasset et Fasquelle. Pour ce roman il obtient en 1939 le Prix Interallié (ce prix à l’origine – 1930 – était décerné, par un jury de journalistes, à un journaliste-romancier).

Pour en savoir plus : lire l’excellente préface de François Ouellet (québécois et néanmoins spécialiste de la littérature française de l’entre-deux guerres).

Les lieux : Paris, Saint–Maury sur Yvelines (village fictif situé dans le département des Yvelines), océan Atlantique, Venezuela.

L’histoire : un narrateur (un homme encore jeune), dont nous ne saurons pas le nom, arrive dans le village de Saint-Maury sur Yvelines pour se reposer quelques mois sur les conseils de ses médecins. Dès son arrivée il entend à l’aube un hurlement humain puis le même hurlement au crépuscule. Intrigué et ému, il s’informe auprès des habitants qui semblent ne plus faire attention à ce cri. Tout le monde parait ignorer celui qu’on appelle « le fou » ou quelquefois « le marin ». Enhardi par la curiosité il se décide à faire sa connaissance, il s’agit du capitaine PetitGuillaume. Les deux hommes sympathisent.

« – Ah par exemple ! fis-je. C’est vous l’ancien capitaine du Libertador. J’ai suivi votre procès, il y a trois ans, en qualité de journaliste, devant le tribunal maritime de Brest. Quelle extraordinaire affaire !

   – Devant le tribunal, je n’ai rien dit ; j’avais mes raisons. Mais, si ça vous amuse, je vous raconterai toute l’histoire, et vous jugerez si je pouvais résister à une telle tentation de l’Aventure. »

Son histoire commence à Hambourg en juillet 1930 alors que le capitaine se retrouve désœuvré sur le port, sans commandement car précédé d’une mauvaise réputation : « Bien que bon marin, la Fatalité avait voulu que je perdisse quatre navires en deux ans »

Mon avis : je ne connaissais absolument pas cet écrivain sorti de nulle part par les éditions de l’Arbre Vengeur. Heureusement les libraires sont là pour nous faire sortir des chemins balisés de la littérature commerciale, c’est ainsi que le mien m’a conseillé ce livre et je suis bien contente d’avoir découvert ce texte réjouissant. C’est un roman d‘aventure qui peut être lu à plusieurs degrés. Sans trop en raconter je vous dirai juste que ce capitaine, bon marin avec 4 naufrages à son actif … 🙂 va prendre le commandement du Libertador affrété à Hambourg par le général Gonzalès Clarriarte y Equipa. Tous les personnages embarqués dans l’aventure se sont rencontrés lors d’une gigantesque bagarre dans les bars et les bordels du quartier de Sankt Pauli. Les personnages sont tous picaresques et vraiment très drôles. Le but de l’aventure est d’aller au Venezuela pour accomplir la mission du Général. Voilà pour l’aspect roman d’aventure réjouissante, ensuite vient la thèse sous-jacente de l’auteur qu’on ne peut pas séparer de l’époque troublée des années 30 : l’Aventure peut briser une vie ne laissant plus que le remords et la honte. Le ridicule va devenir tragique. Le narrateur qu’on pense différent du capitaine va se révéler aussi torturé que lui. Ce roman qui apparaît jusqu’aux deux tiers comme un exercice de style fait pour plaire aux amateurs du genre va finalement basculer vers une condamnation du désir d’aventure. Cela laisse un sentiment curieux que je trouve perturbant mais intéressant. Petit à petit l’aventure devient une illusion, l’Homme est finalement heureux dans l’immobilisme…

Pour résumer : Un très bon roman, très bien écrit, représentant un courant brillant de la littérature de l’entre deux guerres (dont fait partie Drieu La Rochelle), qu’on ne peut pas lire sans penser à l’époque où il a été écrit (1939) et aux orientations politiques de l’auteur. Je vous le conseille. J’attends vos commentaires !

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. lilas dit :

    je n’aurai jamais lu ce livre sans vous. j’ai passé un bon moment, c’est vrai qu’on oscille entre comédie et tragédie, très intéressant.

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