Will le magnifique de Stephen GREENBLATT

Parution : septembre 2014 aux éditions Flammarion http://editions.flammarion.com/

traduit de l’anglais américain par Marie-Anne de Béru

Genre : biographie littéraire et historique

Les lieux : Stratford-upon-Avon, le Warwickshire, Londres,

L’auteur : Stephen est né le 7 novembre 1943 à Boston (USA). Après des études de littérature anglaise il devient professeur à Harvard, au Wissenschaftskolleg de Berlin, à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) à Paris, à Oxford, Pékin, etc. C’est un spécialiste incontesté de Shakespeare. Il avait frappé fort l’année dernière en publiant « Quattrocento » un essai magistral sur le XVe siècle italien, théâtre de la première Renaissance.

Le sujet : Comment écrire la biographie d’un homme universellement connu, et célèbre de son vivant, quand on ne connaît pas grand-chose de lui ? Pas de journal intime, pas de mémoires écrits par des contemporains, ni de notes, brouillons ou tout autre écrit, tout a disparu. Stephen l’a fait en épluchant les archives municipales, les licences de mariage, les certificats de baptême, des listes de comédiens répertoriées par les différentes cours seigneuriales ou ducales, des documents fiscaux, des minutes de procès, des actes notariés. Il a puisé dans les archives déjà labourées par des générations de spécialistes mais aussi d’écrivains (Anthony Burgess, James Joyce, …) de cinéastes (et oui souvenez vous de « Shakespeare in love »). Huit volumes de sources ont été réunies par Geoffroy Bullough entre 1957 et 1975 « Narrative and Dramatic Sources of Shakespeare, New York, Columbia University Press », ça c’est pour les spécialistes !

De nouveaux détails de la vie de Shakespeare refont surface régulièrement mais c’est sur les très nombreux travaux du 19e siècle et du début du 20e qu’il s’appuie le plus volontiers, notamment sur deux volumes de E.K. Chambers « William Shakespeare : a study of facts and problems, Oxford, Clarendon , 1930 ». Souvent critiquées mais aujourd’hui en voie de réhabilitation, vous trouverez une bibliographie de toutes ces études en fin d’ouvrage.

Malgré l’absence des sources directes, j’ai néanmoins pu suivre le grand William de sa naissance à Stratford-upon-Avon jusqu’à ses funérailles le 25 avril 1616 dans la nef de l’église de la Sainte Trinité en oubliant que ces sources manquaient… C’est à la fois un essai littéraire et un livre d’histoire, Stephen mêle habilement les soubresauts religieux et politiques du 16e siècle au processus de la création théâtrale. Il décortique, tel un détective, les textes de Shakespeare pour nous éclairer sur les différentes phases de sa vie.

Mon avis : Que toutes ces références bibliographiques ne fassent pas peur à ceux qui ne connaissent pas bien l’œuvre de Shakespeare. Certes le livre est érudit mais il reste à la portée de tous. Je n’avais pas personnellement une très grande connaissance de l’œuvre (quelques pièces vues à Paris il y a déjà pas mal d’années dont un Roi Lear mémorable  à la MJC de Bobigny à la fin des années 80) mais j’ai le sentiment d’avoir saisi de Will l’essentiel : sa naissance et son enfance dans le Warwickshire dans une famille marquée par la terreur religieuse de l’époque élisabéthaine (répression violente des prêtres catholiques et de tous ceux qui n’acceptent pas de faire acte public d’adhésion à la religion anglicane) ; sa fuite vers Londres et l’abandon physique de sa famille ; son homosexualité réelle ou latente ; la création des théâtres clos et du théâtre du Globe ; la rivalité entre compagnies d’acteurs ; l’extraordinaire capacité à emprunter les matériaux de ses pièces à d’autres créations pour les métamorphoser et les adapter au public ; etc.

Le biographe a réussi à imbriquer la subtilité de l’œuvre et les réalités bassement matérielles de sa vie : pour survivre la compagnie théâtrale dont il est associé doit attirer 1500 à 2000 spectateurs payants par jour, en divertissant le public sans engendrer les foudres de la censure royale, mortellement implacable…

Pour résumer : Passionnant ! Ce livre m’a donné envie de retrouver Shakespeare. C’est vraiment un travail de fou qu’a réalisé Stephen, chapeau bas ! A conseiller à la fois aux amateurs d’histoire et de littérature.

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