Le tabac Tresniek de Robert SEETHALER

Parution : en 2012 dans les pays de langue allemande aux éditions Kein & Aber (Zürich-Berlin) sous le titre « Der Trafikant » et en français en 2014 chez Sabine Wespieser Editeur.

Traduction de l’allemand (autrichien) par Elisabeth Landes.

Genre : roman autrichien, roman historique. Style classique, narration à la 3e personne rythmée par des courriers de Franz à sa mère écrits sur des cartes postales.

Les lieux : les bords de l’Attersee en Haute Autriche et Vienne (Autriche)

L’auteur : Robert Seethaler, né à Vienne en 1966, vit à Berlin. Il est écrivain, scénariste et acteur dans des séries policières. C’est un écrivain très populaire en Allemagne, son dernier roman (le cinquième) « Ein ganzes Leben » (Une vie entière) est un très gros succès, il paraitra cette année chez Sabine Wespieser.

L’histoire : elle se déroule de la fin de l’été 1937 au 12 mars 1945. C’est l’histoire toute simple d’un jeune homme ordinaire qui quitte Nussdorf au bord du lac Attersee pour rejoindre la capitale. Il a 17 ans, sa mère, qui lui trouve « des mains de fille. Délicates, douces, blanches. Un gars comme toi ne peut pas aller trimer dans la forêt. Encore moins sur le lac », l’envoie chez un vieil ami (on devine un ancien amant…) à Vienne. Otto Tresniek tient un bureau de tabac-presse dans le centre de la ville. Son échoppe voit se rencontrer toutes sortes de gens, clients de passage comme habitués. Parmi eux des étudiants, des retraités, des ouvriers, des commerçants, des soi-disants professeurs comme s’il en pleuvait mais aussi un vrai Herr Professor en la personne de Sigmund Freud. On vient acheter un bon cigare ou des cigarettes égyptiennes bon marché ; un exemplaire du Volksblatt, de l’Österreichische Woche ou du Reichspost.

Dans cette atmosphère Franz s’imprègne de l’environnement politique. Le chancelier autrichien von Schuschnigg (pauvre homme que j’avais totalement oublié…) tente d’organiser un referendum – indépendance de l’Autriche ou rattachement à l’Allemagne. Le parti « indépendant » risque de l’emporter, le parti nazi organise un coup d’Etat, c’est l’Anschluss, les Autrichiens n’ont plus le choix. La nazification de la société autrichienne commence avec toutes les exactions que nous connaissons envers les Juifs et contre tous ceux qui leur vendent des marchandises, par exemple des journaux…

Mon avis : j’ai beaucoup aimé ce jeune personnage qui, lorsqu’il arrive de sa campagne est déconnecté des événements politiques mais qui, petit à petit, à la faveur des rencontres et des évènements antisémites qui prennent de l’ampleur, va se découvrir un courage qu’il ne soupçonnait pas. C’est aussi un roman d’initiation amoureuse. Anezka jeune fille dont il s’éprend lors d’une sortie au Prater se révèle vite être une artiste de cabaret aussi généreuse du décolleté qu’elle est pauvre en vocabulaire… Peu importe il est amoureux !

L’irruption de Sigmund Freud dans l’histoire m’a un peu fait craindre un artifice qui se révélerait inutile. Pas du tout : le médecin qui s’apprête à quitter Vienne pour Londres, fatigué, rongé par un cancer de la mâchoire, est attendri par la jeunesse et l’innocence du jeune garçon rencontré au tabac Tresniek. Au fil des récits de Franz c’est presque une amitié qui s’épanouit, un fil qui le relie encore à l’Autriche qu’il ne reverra pas.

Pour résumer : une vraie atmosphère pour ce roman à ajouter à la liste fournie de livres à lire avant de partir visiter Vienne. Vous flânerez sur le Prater en pensant à Franz, dans la Währingerstrasse ou la Rotensterngasse à la poursuite d’Anezka.

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