La chambre solitaire de SHIN Kyung-sook

La Chambre Solitaire de SHIN Kyong-sookLa Chambre Solitaire de SHIN Kyong-sook

Parution : roman paru d’abord en feuilleton en Corée du sud puis en volume chez Munhakdongne Publishing Corporation en 1999, chez Philippe Picquier en 2008 puis en 2010 chez Picquier Poche.

Traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot.

Le style, le genre : roman coréen grandement autobiographique mêlant la description sociale d’un pays et le destin individuel d’une jeune fille. Texte écrit à la première personne.

L’auteur : Kyung-sook est née le 12 janvier 1963 dans une région rurale du sud-ouest de la Corée du sud. C’est une écrivain très populaire dans son pays, elle a publié une dizaine de romans et des recueils de nouvelles, elle a obtenu plusieurs prix littéraires, notamment pour Prends soin de maman qu’elle a vendu à plus de deux millions d’exemplaires en Corée, traduit en 24 langues (même si elle a reconnu un plagiat d’une nouvelle de Mishima !…). Seuls trois titres ont été traduits en français, deux chez Picquier, un chez Oh Editions. En 2009, la traduction française de son roman La Chambre Solitaire a gagné le Prix de l’Inaperçu qui récompense des œuvres qui n’ont pas eu un grand accueil médiatique.

Les lieux : Séoul, l’île de Cheju.

L’histoire : Le roman commence sur l’île de Cheju en 1994 avec Kyung Sook (l’auteur), 32 ans, en train d’écrire un nouveau roman. Son sujet : elle, entre 1978 et 1980 quand à 16 ans elle rêve de quitter son village natal pour aller rejoindre son frère ainé étudiant en droit en cours du soir et employé au ménage dans la mairie du quartier de Yongmun-dong à Séoul. « Grand frère sors-moi vite d’ici » lui écrit-elle. Elle part l’été de ses 16 ans accompagnée d’une cousine de 19 ans avec pour projet d’intégrer le centre de formation professionnelle à la limite de la zone industrielle de Kuro. Elle n’a pas pu entrer directement au lycée mais un autre moyen existe comme lui explique son frère : « Le travail va être pénible mais si, après le stage, vous obtenez un emploi dans la zone industrielle, vous aurez une chance d’aller au lycée. L’année prochaine seront créées des classes spéciales pour les ouvriers. C’est le seul moyen d’y accéder pour ceux qui viennent de la campagne. Il y a bien des lycées professionnels mais ce ne sont pas des vrais lycées. »

Le programme du centre : lever à 6 heures, gymnastique, nettoyage du lieu affecté à chacune, toilette et petit déjeuner, puis cours de soudure et autres gestes techniques et enfin extinction des feux à 21 heures après l’appel. Pour les désigner les enseignants emploient l’expression « moteurs de l’industrie »… C’est lors d’une journée libre qu’elle confie à sa cousine qu’elle veut devenir écrivain :

« Moi qui ai seize ans, je me hâte d’expliquer, de peur qu’elle ne se moque de moi. Je lui raconte que cela fait longtemps que j’ai envie d’écrire, que c’est vraiment ça que je veux faire dans la vie et pas autre chose. Rapprochant le stylo de son menton, elle incline la tête : – Je crois que ces gens-là sont différents de nous dès la naissance. Craignant qu’elle n’ajoute que je n’ai par conséquent aucune chance de devenir écrivain, je poursuis mon discours : – Ils ne naissent pas différents, mais ils pensent différemment. »

La formation achevée les moteurs de l’industrie doivent choisir une usine sur la longue liste fournie, ce sera l’entreprise d’électroménager Tongnam dans le secteur 1 de la zone industrielle de Kuro. Plus d’hébergement fourni, une chambre est louée dans le quartier de Karibong par le frère ainé dans un immeuble en comptant trente-sept, la chambre solitaire.

C’est le début du travail en usine, travail à la chaîne usant et peu rémunérateur puis l’entrée dans les classes spéciales de lycée le soir après le travail.

Mon avis : si vous avez un vieux réfrigérateur fabriqué en Corée vous le verrez peut être différemment… Kyung sook ou une de ses sœurs de galère l’ont sans doute fabriqué pour vous. J’ai beaucoup aimé dans ce roman le personnage principal courageuse et volontaire. Fréquenter les classes spéciales du lycée de jeunes filles de Yôngdûngp’o après des heures de travail harassantes nécessitait un grand courage. Ces classes spéciales pour le corps industriel (les cours du soir), méprisées par les élèves du lycée ordinaire (les cours du jour), existaient encore dans les années 90. En sortir pour aller à l’université était réservé aux meilleures élèves. On y apprenait le calcul, la comptabilité, la dactylo ; ici comme ailleurs la rencontre avec des professeurs bienveillants et visionnaires va être déterminante.

La description politique et sociale de la Corée des années 70 est bien amenée : le régime du Renouveau de Park Chung-hee agonise à la fin de la décennie après avoir redressé l’économie mais à quel prix ! Dans les entreprises règnent le harcèlement sexuel et la menace du renvoi si les ouvrières se syndiquent. Si elles ne renoncent pas elles ne sont pas payées. Menace supplémentaire : si on est renvoyée de son travail on ne peut plus suivre les cours du soir…

Parallèlement l’auteur se pose la question de la fidélité, ou non, aux souvenirs et à comment faire intervenir la fiction dans un roman autobiographique. L’interaction entre l’écrivain en train d’écrire, son entourage et ses souvenirs de jeune ouvrière : cela donne quelque chose d’assez singulier et dynamique.

Pour résumer : vous serez intéressé du début à la fin par l’histoire de Kyung-sook. Un bon moment de lecture.

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