Nos vies de Marie-Hélène LAFON

nos vies mh lafonParution : en août 2017 aux éditions Buchet Chastel

Le style, le genre : roman intimiste, sur la solitude urbaine mêlant la réalité et l’imaginaire.

L’auteur : Marie-Hélène est née en 1962 à Aurillac dans le Cantal, elle est issue d’une famille de paysans. Elle part pour Paris pour suivre des études littéraires, elle sera agrégée de grammaire dans les années 80 et professeur de lettres classiques, latin et grec. Son premier roman Le soir du chien obtient le prix Renaudot des lycéens en 2001.marie helene lafon Gordana était une nouvelle avant de devenir un des personnages de Nos vies, tout comme Joseph le sera aussi dans un roman de 2014 que j’ai beaucoup aimé. Un recueil de nouvelles intitulé Histoires a obtenu le prix Goncourt de la nouvelle en 2016.

Les lieux : Paris 12e, le Cantal, quelquefois Nevers et l’Est de l’Est comme dit Jeanne Santoire.

L’histoire : Gordana est caissière dans un supermarché Franprix de la rue du Rendez-vous (il existe bien) dans l’Est de Paris. Plantureuse mais avare de ses mots, ses seins impressionnent l’auteur…et ses personnages. Dans ce Franprix il y a les clients fidèles par exemple Horacio Fortunato, 45 ans et seul, qui vient tous les vendredis matin et qui semble attendre quelque chose de Gordana mais qui ne viendra probablement pas, Régis le livreur, une figure dans le quartier.

La narratrice Jeanne Santoire, retraitée, observe. Elle ne sait rien de ces personnes sauf ce qu’elle glane ici et là, elle raconte ce qui est mais aussi ce qui pourrait être, elle leur invente des destins probables. Elle s’intéresse aux chemins suivis par chacun, pourquoi celui-là plutôt que l’autre. Et puis elle élargit son cercle d’observation à sa voisine du 4e étage, madame Jaladis, 93 ans, qui vient du même village du Cantal que Régis, et à son fils Jean-Jacques. « Hier ma voisine du quatrième est morte. Il y a comme ça des périodes où les plaques tectoniques de nos vies se mettent en mouvement, où les coutures des jours craquent, où l’ordinaire sort de ses gonds ; ensuite le décor se recompose et on continue ; c’est plus ou moins grave, on en parle parfois à la télévision, à la radio, dans les journaux, ou ça ne sort pas du cercle de la famille, des amis et du voisinage ; ça survient, ça arrive, ça entre dans la cage du temps pour n’en plus ressortir ; rien ne pourra faire que ça n’ait pas existé, que (…) »
Puis ce sont toutes les personnes qui ont croisé sa vie, Karim son ex-compagnon, Lucie sa grand-mère.

Mon avis : j’ai été fortement désarçonnée quand j’ai su qu’une de mes auteures préférées, dont j’apprécie la compréhension quasi physique voire organique des êtres peuplant nos campagnes, avait décidé de prendre pour cadre de son nouveau roman un Franprix du 12e arrondissement de Paris. Mais c’était oublier que les Parisiens sont reliés de multiples façons à la campagne française ou à d’autres plus lointaines. « Depuis que je suis à la retraite, je me rends compte que, dans certains quartiers de Paris, dont le mien, ceux qui en ont le temps vivent encore comme ils le feraient dans une petite ville ou un gros bourg (…) »
Marie Hélène a bien capté ce besoin de retrouver une petite sphère de vie commune, on va à La boulangerie comme s’il n’y en avait qu’une, on s’intéresse à ses voisins… Quel sentiment de contentement quand on vient à savoir qu’une personne vient de la même région que soi, le lien est tissé, on se rapproche. C’est pour cela qu’elle nous balade dans des aller et retour constants entre le Cantal, Nevers et Paris.
Au début du roman Marie-Hélène-Jeanne pose des pièces d’un puzzle, qu’elle assemble au fur et à mesure des pages pour faire ressortir ce qu’ont en commun ses vies ordinaires avec leur lot de solitude et de douleur, et puis les souvenirs, Karim… Finalement la solitude urbaine n’est pas très éloignée de celle de la campagne, on voit la vie passer, rythmée par les décès, les mariages, les naissances, …

Le passage qui résume le mieux le livre et son réservoir à solitude concerne Horacio. « Que deviendra Horacio Fortunato après la mort de son vieux père, à qui pensera-t-il dans les transports en commun, sur qui se penchera-t-il, qui touchera-t-il, pour qui choisira-t-il des produits ménagers de bonne qualité et des viandes blanches faciles à digérer, pour qui passera-t-il à la pharmacie, qui l’espérera, qui comptera sur lui pour changer l’ampoule des toilettes ou réparer la poignée du placard à chaussures et arroser les orchidées et s’occuper du caveau au cimetière de Bagneux et faire venir la coiffeuse à domicile et changer la pile de la télécommande de la nouvelle télévision. Qui, après la mort de son vieux père, pensera à Horacio Fortunato plusieurs fois par jour. »

Pour résumer : Marie-Hélène met beaucoup d’elle-même dans ce nouveau livre, ses phrases sont à déguster, à apprécier pour la précision des descriptions, la pudeur des sentiments.

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