Les mystères de Paris d’Eugène SUE (en 4 volumes)

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Parution : Les Mystères de Paris ont été publiés en feuilleton dans Le Journal des Débats entre juin 1842 et octobre 1843, (voir tout en bas). Réédition par les éditions de poche 10/18 en octobre 2023, les quatre volumes ont paru.
Poche : 8.90 € à 9.60 € selon les volumes.
Les lieux : Paris et Ile de France.
Le style, le genre : roman social et roman d’aventures.
L’auteur : Eugène Sue est né le 20 janvier 1804, à Paris. Fils de chirurgien de la garde de Napoléon et filleul de l’impératrice Joséphine et de son fils, le prince Eugène de Beauharnais, il entame une carrière de chirurgien militaire mais abandonne rapidement, après avoir hérité de la fortune de son père qui lui permet de se consacrer au métier d’écrivain. Il publie plusieurs ouvrages, dont une série de romans maritimes, avant de se lancer dans une voie alors encore

eugene sue les mystères de paris

inexplorée : le roman-feuilleton social. Parus entre juin 1842 et octobre 1843 dans le Journal des Débats, ses Mystères de Paris sont un triomphe. Les aventures du prince Rodolphe, de Fleur-de-Marie et de ces personnages du peuple parisien conquièrent toute la société de l’époque. Il devient un acteur incontournable de la vie littéraire française. Très populaire et productif, il publiera également, en feuilletons, Le Juif errant (1844-1845), Les Mystères du peuple (seize volumes entre 1849 et 1857), de nombreuses narrations, nouvelles, œuvre politiques et pièces de théâtre. En 1848, il est élu à l’Assemblée législative mais le coup d’état de Napoléon III le force à l’exil et il meurt à Annecy en 1857.

L’histoire : Cette fresque touche à des sujets tabous quasiment jamais décrits dans la littérature jusqu’alors : le peuple et la misère, la noirceur de la société de l’époque, sa brutalité, sa violence ce qui donne au roman une portée sociale forte qui aura des répercussions dans toute la société

de l’époque. Car, comme le dira Théophile Gautier (j’adore cette phrase) « Tout le monde a dévoré Les Mystères de Paris, même les gens qui ne savent pas lire. » En effet, c’est une saga à la portée universelle qui sera suivie par toutes les couches sociales. Des plus populaires aux plus bourgeois, les lecteurs se passionneront pour cette épopée.

C’est également une peinture de la ville de Paris, personnage à part entière, de ses habitants campés par des héros aux noms évocateurs et inoubliables : La Goualeuse, la Chouette,

Rigolette, Pique-Vinaigre, Bras-Rouge… Rodolphe est le héros par excellence, prince qui défend les opprimés, d’autres connaissent la rédemption comme Le Chourineur, ancien bagnard qui se rachètera par ses bonnes actions, d’autres encore représentent le Mal par excellence, comme le notaire véreux Jacques Ferrand. Tous cohabitent, tentent de survivre ou de faire fortune, avec plus ou moins de succès et d’honnêteté.

Mon avis : ce roman a été un succès phénoménal du XIXe siècle, il n’a pas connu la même postérité que les œuvres de certains de ses contemporains, auxquels il aura pourtant ouvert la voie, comme Hugo qui publiera quelques années plus tard Les Misérables. Excellente initiative des éditions 10/18 de rééditer ce classique dont j’ai dévoré le premier volume. Certaines coïncidences vraiment téléphonées prêtent à sourire mais cela répond tout à fait à la parution en feuilleton qui permettait de générer de la frustration chez les lecteurs pour les inciter à se jeter sur la prochaine parution du journal. On évolue dans les bas-fonds de la misère parisienne mais aussi dans les hôtels particuliers des aristocrates. Tous les personnages indispensables sont là : un bandit en rédemption, une pauvre jeune fille abandonnée et aristocrate sans le savoir, un prince épris de justice, une femme belle et maléfique, un squire d’une loyauté à toute épreuve, une concierge bavarde… nommée madame Pipelet 😊 et puis des trahisons, des retournements de situation, des kidnappings, etc.

A signaler une série de réflexion sur les raisons qui poussent aux actes criminels (prostitution,  vol, meurtre) assez troublante car d’une étonnante modernité. Le rôle du passage par la prison comme accélérateur de délinquance trouve un écho dans notre 21e siècle. La question de la peine de mort comme solution à la délinquance est battu en brèche par Eugène, trouvant plus punitif l’emprisonnement à vie.

En cellule ! s’écria le Squelette avec une sorte d’effroi courroucé. Ne parle pas de ça… En cellule !… tout seul ! Tiens, tais-toi, j’aimerais mieux qu’on me coupe les bras et les jambes… Tout seul ! … entre quatre murs !… Tout seul… sans avoir des vieux de la pègre avec qui rire !… ça ne se peut pas ! Je préfère cent fois le bagne à la centrale, parce qu’au bagne,  au lieu d’être renfermé on est dehors, on voit du monde, on va, on vient, on gaudriole avec la chiourme… Eh bien ! j’aimerais cent fois mieux être raccourci que d’être mis en cellule pendant seulement un an… Oui, ainsi, à l’heure qu’il est, je suis sûr d’être fauché, n’est-ce pas ? eh bien ! on me dirait ; « Aimes-tu mieux un an de cellule ?… » je tendrais le cou… Un an tout seul !… Mais est-ce que c’est possible ?… A quoi veulent-ils donc que l’on pense quand on est tout seul ?…                                                                                                                                                                                  –  Si l’on t’y mettait de force, en cellule ?                                                                                                                      – Je n’y resterais pas… je ferais tant des pieds et des mains que je m’évaderais, dit le squelette.                                                                                                                                                                                      – Mais si tu ne pouvais pas… si tu étais sûr de ne pas te sauver ?                                                               – – Alors je tuerais le premier venu pour être guillotiné.                                                                                     – – Mais si au lieu de condamner les escarpes (= les assassins) à mort… on les condamnait à être en cellule pendant toute leur vie !… 

Le squelette parut frappé de cette réflexion. (…) Cette terreur n’est-elle pas encore un plaidoyer éloquent en faveur de cette pénalité ? Ce n’est pas tout : la condamnation à l’isolement, si redoutée par les scélérats, amènera peut-être forcément l’abolition de la peine de mort.(…) Alors sans doute, nous le répétons, le suprême vestige d’une législation barbare disparaitra de nos codes…

Pour résumer : à lire ou relire, je vous le conseille pour vous détendre et accessoirement retrouver votre âme d’ado friande de Dumas ou d’Hugo, mais aussi pour appréhender ce qu’était la situation sociale au 19e siècle. Et si vous l’offriez ?
Ci-dessous l’exemplaire du journal des débats du 19 juin 1842 avec le 1er épisode (conservé et en ligne sur BNF-Gallica)

le journal des débats les mystères de paris

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Avatar de Sacha Sacha dit :

    Oh mais c’est irrésistible ! Et c’était étrangement tombé dans l’oubli (snobisme ? Effet de mode?). Une belle idée de réédition en tous cas.

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    1. Avatar de anniemots anniemots dit :

      La noble fonction de l’édition ! Nous faire re-découvrir notre patrimoine littéraire. Bon week-end

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  2. Avatar de Patrice Patrice dit :

    Excellente nouvelle ! Je ne savais pas du tout que 10/18 avait ressorti les Mystères de Paris. Il faut que je les lise absolument. Merci pour cette chronique !

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