Parution : en janvier 2025 dans les éditions Julliard. Postface de Bill Diamond (PDG de l’institut SETI).
Broché : 265 pages – 21.90 €
Le style, le genre : essai scientifique, astrobiologique.
L’auteure : elle est née dans la région parisienne en août 1963. Après des études à l’université de Nanterre puis à la Sorbonne, elle devient astrobiologiste et se spécialise dans l’étude des cratères (lacs anciens) de Mars. Entre 1985 et 1994, elle fait de la recherche en géologie planétaire avec son mari, Edmond Grin, à l’Université Paris-Sorbonne et l’Observatoire de Paris-Meudon. C’est à la suite de la fermeture de leur laboratoire que les deux chercheurs partent aux USA pour travailler à la NASA. Ils y obtiennent la nationalité américaine. Elle contribue majoritairement à la réussite des expéditions des Rover qui se sont posés sur Mars en janvier 2004. En 2015 elle devient directrice scientifique du Centre de recherche Carl Sagan de l’Institut SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence) en Californie. Son CV est impressionnant, voir ici.
Son précédent livre : À l’aube de nouveaux horizons (Le Seuil 2023 ; J’ai Lu 2024).
Les lieux : l’Univers, la Terre, le Vivant.
Le thème : Et si la recherche de la vie dans l’univers était un miroir puissant, offrant à l’humanité une clé pour traverser la crise environnementale actuelle et trouver enfin sa place au sein de la biosphère ?
Dans ce nouveau livre, l’astrobiologiste Nathalie A. Cabrol tourne son regard vers la Terre, et explore les destins entrelacés de l’habitabilité planétaire, de l’environnement et de la vie. En examinant les rouages de cette coévolution, elle met en lumière les réactions en chaîne que les bouleversements actuels risquent de déclencher, à des échelles surpassant largement notre capacité à y répondre une fois le système emballé. Inséparables est une réflexion à la fois audacieuse et magistrale, un appel à la responsabilité collective. Mais c’est aussi un message d’espoir, offrant des clés pour un futur où l’humanité ne se considérera plus au centre de la biosphère et apprendra enfin à vivre en harmonie avec elle.
Mon avis : excellent livre qui, pour l’essentiel, recoupe ce que nous entendons et lisons dans les médias mais avec une touche personnelle qui fait toute sa valeur. Comme son titre l’indique, elle n’analyse pas les événements de façon séparée mais elle les lie à ses recherches sur le cosmos sans discours moralisateur, sans pathos. Elle nous montre avec sa rigueur scientifique que l’histoire du cosmos, de la Terre, et de la biologie sont intimement liées. Qu’il suffit d’admirer un lever de soleil, un champ de coquelicot, ou la beauté de notre monde pour que notre relation fusionnelle avec notre planète apparaisse au grand jour.
« Cette quête pour comprendre l’habitabilité planétaire nous emmène aux confins de notre système solaire, puis au-delà, offrant un aperçu du potentiel de vie ailleurs. Elle révèle les différentes facettes, mais aussi les limites de l’habitabilité à chaque nouveau monde que nous explorons. Ces informations alimentent directement nos réflexions sur l’impact des activités humaines sur la biosphère terrestre qui modifie l’équilibre de la nature et sa capacité à maintenir un milieu qui nous est favorable. »
En effet pas difficile de comprendre notre extrême fragilité, il suffit de constater qu’à 26° nous nous sentons bien et qu’à partir de 35° si le taux d’humidité s’en mêle, nous sommes vulnérables. Que représentent ces 9 malheureux degrés ? Rien, et pourtant !
Onze chapitres composent cet essai : du big bang à l’apparition de la vie sur terre, de l’interaction entre notre survie et les modes de vie que nous avons adopté. Des écosystèmes qui s’effondrent dans le monde entier au climat qui se dérègle (risques naturels). Sans oublier l’importance de la technologie qui nous coupe de notre connexion à la nature.
« Depuis l’invention du premier outil, les humains et la technologie ont évolué conjointement, soulevant la question de savoir si la technologie est le moteur du changement (déterminisme technologique) ou si la société dicte le développement et l’utilisation de la technologie (construction sociale). Quoi qu’il en soit, il semble qu’il existe là aussi une sorte de coévolution. La technologie est partie intégrante de l’histoire humaine. Elle stimule l’innovation et transforme les civilisations à travers les âges, facilitant notre adaptation à l’environnement et notre expansion géographique. Pendant des millénaires, cette dynamique a été maintenue en équilibre avec la nature grâce à des pratiques culturelles conscientes ou simplement en raison d’une population humaine moins nombreuse. Cependant, la situation a changé. Ce qui est préoccupant dans le déséquilibre actuel, c’est la dépendance croissante de l’humanité à un monde artificiel qui n’est absolument pas autosuffisant. La technologie est désormais omniprésente dans l’écosystème humain, à tel point qu’il paraît plus approprié de le qualifier de « technosystème ». (…) Il est donc légitime de se demander si nous avons atteint un seuil où notre coévolution avec la technologie l’emporte sur notre coévolution avec l’environnement. C’est une hypothèse plausible qui, si elle se vérifie, a des implications pour l’humanité et la biosphère. »
Elle appelle à se réveiller, « à nous débarrasser de nos attitudes prédatrices aujourd’hui obsolètes, envers nous-même et envers les autres, et envers la biodiversité et les ressources terrestres »
Pour résumer : quand une scientifique de ce niveau prend la plume, que peut-on faire de mieux que la lire et en tirer des leçons ? Je ne suis malheureusement pas optimiste…
