Vauban de Bernard PUJO

Parution : en avril 1991 dans les éditions Albin Michel.

Broché : 374 pages – 26.90 €

Le style, le genre : biographie, essai historique.

L’auteur : il est breveté de l’école supérieure de guerre et a été professeur à l’United States Army Command and General Staff College. Il a quitté l’armée en 1971 avec le grade de colonel et a entrepris une seconde carrière d’historien, devenant en particulier biographe du maréchal Juin, de Vauban et du Grand Condé. Pour Vauban il a obtenu le Prix littéraire du Morvan 1991, et pour Juin maréchal de France le prix du Maréchal Foch (Académie Française) 1989.

Les lieux : le Morvan, Lille, Versailles, et la France sur toutes ses frontières fluctuantes.

                     le village de Bazoches

Le thème : en mai 1633 naît Sébastien Le Prestre de Vauban, issu d’une famille nivernaise de petite noblesse. Son souvenir est toujours présent dans beaucoup de villes et villages de France grâce à l’architecture militaire. Bernard Pujo a étudié les nombreux écrits de Vauban, les écrits de l’époque notamment Racine et des sources privées très diverses. En redécouvrant les lieux où il a vécu, en particulier ce coin de Morvan auquel il était très attaché, il a recherché l’homme sous l’effigie et la légende.

Mon avis : personnage incroyable, biographie réussie. De Vauban on ne connaît souvent que ses trente places fortes qu’il a fait ériger et celles, plus d’une centaine, qu’il a améliorées. Celles que de nombreux touristes amateurs d’architecture vont visiter chaque année, Strasbourg, Belfort, Neuf Brisach, Longwy, Maubeuge, Lille, Calais, Dunkerque, Brest, îles de Houat et Hoédic, La Rochelle, Bayonne, Briançon, etc. Le livre est technique mais très accessible au grand public, la rédaction mêle la description des sièges, la tactique militaire et la vie personnelle de Vauban. On le voit parcourir la France en tout sens pendant plus de cinquante ans en tant que commissaire général aux fortifications. Il n’aura passé en tout et pour tout que deux à trois ans dans son Morvan qu’il aimait tant, le règne de Louis XIV étant presque sans interruption placé sous le signe des guerres. Face à la France qui veut conquérir toujours plus de territoires le roi fait face aux coalitions allemande, anglaise, espagnole, italienne, unies les unes aux autres au gré des alliances et de la rupture des traités de paix.

Mais Vauban n’est pas qu’un stratège et un bâtisseur, il a des principes, épargner au maximum la vie des soldats lors des sièges, proposer à Louis XIV, avec qui il a des relations de confiance et de grande proximité, des améliorations dans la vie quotidienne des Français, mettre en avant la qualité des ingénieurs méritants pour qu’ils obtiennent récompenses et promotions, et tomber sur le poil des entrepreneurs fournissant des mauvais matériaux qu’il traite parfois de « vauriens parfaits, écumeurs d’ouvrages, maraudaille ».

« Racine, spectateur attentif de cette dernière phase du siège, rapporte cette anecdote révélatrice du caractère de Vauban. « Comme il connaît la chaleur du soldat dans ces sortes d’attaques, il leur avait dit : « mes enfants, on ne vous défend pas de poursuivre les ennemis quand ils s’enfuiront ; mais je ne veux pas vous faire échiner mal à propos sur la contrescarpe de leurs autres ouvrages. Je retiens donc à mes côtés cinq tambours pour vous rappeler quand il sera temps. Dès que vous les entendrez, ne manquez pas de revenir à vos postes. » Cela fut fait comme il l’avait concerté. »

Il est un précurseur dans le domaine militaire mais pas seulement. Il propose ce qu’il appelle ses « Oisivetés, ramas de plusieurs mémoires sur différents sujets », ils touchent à l’amélioration des armes pour que des vies ne soient pas perdues à cause d’un mauvais équipement, à l’instauration d’un impôt juste touchant tous les revenus (projet de la dîme royale, ça fait grincer des dents). Très moderne !

« Il est certain que la France a perdu un grand tiers des siens et que les deux tiers qui restent ne valent pas le tiers perdu. La partie supérieure, quoique peu nombreuse, écrase l’inférieure en France et l’écrasera toujours puisque je ne vois pas d’apparence que cela puisse être autrement. Cependant, il y a une différence infinie de l’utilité de l’une à l’autre : l’une qui est la grande cultive la terre et n’en profite pas, et l’autre s’en approprie les fruits et ne s’applique qu’à trouver moyen de les avoir ; l’une possède tous les biens, les mange et dissipe en superfluités et l’autre meurt de faim et de misère. »

Il couche aussi par écrit ses idées sur la mise en valeur des cultures et des forêts, l’élevage des cochons, ses réflexions philosophiques quant à la pertinence de continuer à faire des guerres sans cesse et de laisser le pays exsangue. Il voit tout ce qui va et tout ce qui ne va pas dans la France des Provinces.

Les principes de Vauban (lettre à Louvois le 28 septembre 1687) : 

« Constituer des frontières inviolables aux limites naturelles de la France grâce à des places judicieusement choisies mais en nombre restreint et abandonner celles qui sont tenues en territoire étranger. Ne point provoquer des puissances voisines par des attitudes agressives ni sur le plan politique, ni sur le plan religieux. » 

C’est ce qui frappe très tôt dans la carrière de Vauban, sa liberté de ton avec Louvois, Colbert, Le Peletier et même avec le roi à qui il fait parvenir des lettres directes n’hésitant pas à critiquer certains projets ou décisions. Et ça passe, même si de temps en temps il se fait rabrouer ! Louis XIV a une entière confiance en lui, jusqu’à lui donner (à plus de 65 ans) le bâton de maréchal de France que Vauban espérait tant bien qu’il sache que ses origines modestes étaient un obstacle. Il se permet même de rédiger en 1689 un Mémoire pour le rappel des Huguenots tant pour la liberté de conscience que pour la situation économique, il craignait encore plus de départs et des millions de livres envolés…

« Les rois sont bien maîtres des vies et des biens de leurs sujets mais jamais de leurs opinions parce que les sentiments intérieurs sont hors de leur puissance et Dieu seul peut les diriger comme il lui plaît. » Osé !

Pour résumer : je vous conseille la visite du château de Bazoches (Nièvre), la découverte du Morvan et la visite de quelques-uns de ses ouvrages, après la lecture de cette biographie on ne les voit plus de la même façon.

 

 

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  1. Avatar de Sacha Sacha dit :

    Je connais bien ses forts briançonnais et celui de Belle-île, cette lecture sera une bonne façon de prolonger ces visites également !

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