Guerre et politique au XVIIIe siècle – Adrien Maurice de Noailles (1678 – 1766) soldat et homme d’Etat de François LOCURATOLO

Parution : en mars 2016 aux éditions de l’Harmattan, dans la Série XVIIIe siècle.

Le genre : essai historique universitaire

L’auteur : Né en 1992, François est passé par les classes préparatoires littéraires aux grandes écoles avant de se lancer dans la recherche à l’université Paris IV – Sorbonne. Il est titulaire d’un master en histoire moderne.

Le sujet : ce livre n’est en aucun cas une biographie du duc de Noailles, au sens classique du terme. Le thème majeur du livre est bien la guerre et la politique, plus précisément l’association des fonctions militaires et politiques, il fallait un personnage pour l’incarner. Seules deux études contemporaines ont été consacrées à Adrien Maurice malgré (et sans doute à cause) des sources fournies. En effet le duc a rencontré de son vivant une hostilité marquée dirigée par un Saint-Simon revanchard. Ce dernier n’a pas digéré la nomination d’Adrien, contre lui, par le régent Philippe d’Orléans à la présidence du Conseil des finances en 1715. La concurrence entre les deux a été rude durant toute la période, ses écrits politiques et ses mémoires ont conditionné les commentaires de tous les historiens jusqu’au milieu du XXe siècle. Le dénigrement est systématique.

Malgré tout, des textes favorables à Noailles ont également été utilisés pour cette étude. Avec les Mémoires politiques et militaires pour servir à l’histoire de Louis XIV et Louis XV écrits par l’abbé Millot nous basculons vers l’apologie ! L’historien a dû sans cesse se situer entre Saint Simon et Millot pour trouver le juste équilibre.

Au milieu des deux, des sources plus objectives : des lettres et des documents sur les différentes campagnes militaires. Nous suivons les premières missions militaires puis diplomatiques d’Adrien en Roussillon puis en Espagne.

François Locuratolo s’intéresse aussi à l’homme Adrien Maurice, mais sans jamais nous faire oublier qu’arriver à une fonction politique et militaire est toujours une affaire de naissance donc de famille. Les Noailles sont une des plus anciennes familles de la Cour, elle remonte au 12e siècle lors de la première croisade (1111). Son grand-père Anne de Noailles, le premier à porter le titre de duc en décembre 1663, avait déjà les faveurs de Louis XIV, tous les ducs suivants seront pairs et maréchaux de France. La stratégie de la famille a trouvé son apogée avec le mariage d’Adrien avec la nièce de Madame de Maintenon, Françoise Charlotte Amable d’Aubigné, permettant une proximité pour ne pas dire une intimité directe avec le roi.

Mon avis : ceux qui connaissent les éditions L’Harmattan l’ont déjà compris, cet essai n’est pas à proprement parler un livre grand public bien qu’écrit de façon tout à fait compréhensible. Il s’agit d’un travail universitaire formaté avec un déroulé linéaire et académique (y compris les remerciements que tout universitaire ne peut pas zapper…) et un contenu décortiqué : la notion de guerre dans l’historiographie / les sources et la méthode / les différentes déclinaisons entre guerre et politique, entre paix et guerre, entre guerre et Etat, entre soldat et guerre.

Les rappels historiques sont précis comme celui traitant de la notion de guerre créatrice d’Etats nouveaux à l‘époque hellénistique impliquant l’introduction de la notion de frontière. Puis viennent l’apport de Sun Tzu, de Clausewitz et de tous les autres théoriciens de la guerre.

Un des grands intérêts que les non spécialistes pourront trouver dans cet ouvrage c’est la partie sur la famille de Noailles, rien ne peut se faire sans une stratégie d’alliances matrimoniales assez impressionnante ! Nouer des alliances et être au plus près des rois… Louise de Noailles, grand-mère d’Adrien, avait été dame d’atour d’Anne d’Autriche.

Vous trouverez beaucoup de notes judicieusement situées en bas de page, car à la fin du livre cela aurait été fastidieux. Certaines m’ont donné envie de me replonger dans la collection Le temps retrouvé chez Mercure de France que nous vendions à la pelle dans la très conservatrice Fnac de l’avenue des Ternes, n’est-ce pas Marc et Nadine ?

Pour résumer : un livre costaud sans être aride, un bon travail de jeune universitaire  (sa maman doit être fière !…) à recommander à tous ceux qui sont intéressés par le thème ou la période historique. Je recommande aux parents d’étudiants en histoire de leur faire lire le premier chapitre traitant de la méthode : la bibliographie, les sources et l’historiographie très réussie et qui plonge tout de suite le lecteur quel qu’il soit dans le sujet.

 

 

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Marcorèle dit :

    Merci d’avoir pensé à la maman de l’auteur.
    On ne pense jamais assez aux mamans des auteurs. (Et au papa, également !)

    1. anniemots dit :

      c’est bien vrai ça, signé la mère Denis

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