La lenteur de Milan Kundera

Parution : en 1995 dans la collection Blanche chez Gallimard, et en poche (Folio) en 1997.

Le style, le genre : 51 courts chapitres entre fiction et essai, passant d’une digression à une autre.

Les lieux : un château dans la campagne française.

L’auteur : Milan est né le 1er avril 1929 à Brno en Moravie. Son père était musicologue et pianiste. Il suit des études de littérature puis de cinéma. Communiste convaincu il commence à émettre des critiques qui le feront exclure définitivement du Parti en 1970. Né tchécoslovaque avant d’être déchu de sa nationalité en 1979 il s’était réfugié en France en 1975. Il est naturalisé français par François Mitterrand le 1er juillet 1981. Il est romancier, moraliste et poète. Depuis La Lenteur en 1995 il écrit ses livres en français, c’est son septième ouvrage. Il reçoit le grand prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre en 2001.

L’histoire : le livre commence par un chapitre mettant en scène le narrateur et son épouse Véra qui concrétisent une envie : passer une nuit dans un des nombreux châteaux de France transformé en hôtel pour retrouver le plaisir de la lenteur. Mais très vite Milan nous entraîne dans des digressions éthiques, romanesques et historiques qui ont pour trait commun l’unité de lieu : le château. La première il la tire de la nouvelle libertine attribuée à Vivant Denon « Point de lendemain » publiée en 1777 et des « Liaisons dangereuses » (1782) de Choderlos de Laclos. La deuxième fustige les « danseurs » : les hommes de pouvoir à l’ego surdimensionné. Puis nous nous retrouvons dans un congrès d’entomologistes où Vincent, un des scientifiques invités, est obnubilé par une secrétaire du congrès…

Mon avis : Milan Kundera revendique une forme de roman expérimental, qui combine fiction et essai, expérience et imagination. C’est un livre qui n’a pas reçu un bon accueil à sa sortie car les critiques ont vu ce premier livre écrit directement en français comme un livre mineur. L’auteur aurait perdu toute force créatrice avec la disparition de ses « regard et singularité» tchèques. Plutôt que de produire une œuvre il n’a fait que dire ce qu’il avait sur le cœur sur des sujets divers tels le monde, la politique, les médias, le libertinage. Moi j’ai lu ce livre avec curiosité et intérêt sans vraiment en connaître, avant de l’ouvrir, le contenu exact. Des passages sont extrêmement profonds (sans jeu de mot avec le long passage pornographique qui décrit Vincent obnubilé par le trou du cul (sic) de Julie…). J’ai retenu des thèmes qui me tiennent à cœur et qui sont en résonance avec les grandes interrogations de notre époque : quelle est la finalité des politiciens ? Où est la frontière entre ce qui relève de la vie privée et de la vie publique ? L’acte amoureux perd-il de son essence en étant privé de la lenteur chère aux codes en vigueur au 18e siècle ?

Citation : « La vitesse est la forme d’extase dont la révolution technique a fait cadeau à l’homme. Contrairement au motocycliste, le coureur à pied est toujours présent dans son corps, obligé sans cesse de penser à ses ampoules, à son essoufflement ; quand il court il sent son poids, son âge, conscient plus que jamais de lui-même et du temps de sa vie. Tout change quand l’homme délègue la faculté de vitesse à une machine qui est incorporelle, immatérielle, vitesse pure, vitesse en elle-même, vitesse extase. Curieuse alliance : la froide impersonnalité de la technique et les flammes de l’extase. »

Pour résumer : un livre puissant mais fourre-tout où on peut s’égarer facilement, je ne le conseille pas comme première approche de l’auteur mais il est important pour saisir l’évolution de ce grand écrivain. Préférer La valse aux adieux, Le testament trahi ou L’insoutenable légèreté de l’être.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Marcorèle dit :

    Merci pour cette profonde analyse. 🙂

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