Les Maîtres Sonneurs de George SAND

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 Parution : publié en juillet 1853 par l’éditeur parisien Alexandre Cadot après sa sortie sous forme de feuilleton dans « Le Constitutionnel » en juin et juillet 1853. Édition de 1979 réimprimée en 2022 au Livre de poche Classique commentée et expliquée par Marie-Claire Bancquart.

Poche : 544 pages – 10.40€

 Les lieux : en Berry et en Bourbonnais entre 1775 et 1778 : Nohant et  Saint Chartier dans l’Indre et Chambérat dans l’Allier.les maitres sonneurs sand 1ere edition

 Le style, le genre : ce livre est le dernier de la série des romans champêtres, initiée avec Mauprat en 1837. Il se divise en 32 « veillées ». Son narrateur est Étienne Depardieu, dit Tiennet, il raconte en 1828 lors d’une veillée l’histoire qui s’est déroulée au siècle passé. Écrit à un moment difficile de son engagement politique et sociétal (en 1851 coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte), et pendant son isolement à Nohant, le souvenir de Chopin décédé en 1849 imprègne le roman, Joset le maître sonneur lui doit beaucoup.

L’auteure : il y a tellement à dire sur George Sand… sa vie elle-même est un roman.  Pour ceux qui l’ont un peu oubliée sachez seulement que George, née Aurore Dupin de Francueil, voit le jour le 1er juillet 1804 à Paris, elle a pour grand-père Maurice de Saxe. Après le décès de son père elle vit entre sa mère et sa grand-mère à Nohant pour ne plus vivre qu’avec cette dernière après le départ de sa mère à Paris. Enfance parmi les petits paysans, imprégnée de culture et de légendes rurales elle mène ensuite à Paris une vie de liberté amoureuse et d’engagement george sand portraitpolitique pour la défense de la République et pour l’avènement du communalisme (courant du socialisme). Elle croit en une pensée unitaire, fusion de la sensation, du cœur et de l’intelligence dans une société égalitaire. En 1844 elle lance avec des amis berrichons « L’éclaireur de l’Indre et du Cher ». La révolution de 1848 accueillie avec ferveur par Aurore george sand portrait2se termine avec les journées de juin, les modérés l’emportent, ses appels à l’insurrection et à l’émeute de la classe ouvrière la forcent au retour à Nohant. Ses amis de combat sont exilés ou emprisonnés. Elle meurt le 8 juin 1876 à Nohant.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, c’est ici.

L’histoire : Né du drame qui a suivi la révolution de 1848, Les Maîtres Sonneurs est celui des romans champêtres qui évoque avec le plus d’ampleur les trésors des sociétés rurales, leurs croyances occultes, leurs rites d’initiation, leurs traditions secrètes. Deux pays, deux cultures : le Berry et le Bourbonnais, le chêne et l’épi, la plaine et la forêt. Ici la sagesse des paysans de la Vallée Noire, là, chez les «bûcheux» et les muletiers de Combrailles, le don de l’imaginaire et le risque du rêve. Roman de l’une de ces corporations itinérantes, celle des joueurs de cornemuse, jadis constituées en associations quasi maçonniques, Les Maîtres Sonneurs disent aussi l’histoire d’un pauvre enfant du plat pays, Joset l’«ébervigé», l’idiot, dont la musique des sonneurs de la forêt fera un Élu, l’incarnation même du génie populaire.

Mon avis : j’ai l’impression, tout comme avec Colette, d’avoir connu George Sand toute ma vie. Mes cours de français pendant ma scolarité élémentaire étaient rythmés par les Dialogues de bêtes de Kiki la Doucette et de Toby Chien (Colette) et par La mare au diable et François le Champi quelques-uns des romans pour la jeunesse de George. Pas étonnant quand on sait que ma famille nivernaise est cousine des Berrichons et que Saint Sauveur en Puisaye est à 30 mn de ma ville natale. C’est donc toujours avec émotion que je lis ou relis Colette et George Sand.

Je n’avais jamais lu les Maîtres Sonneurs, qui n’est pas un roman destiné aux enfants, elle y met en valeur une fraternité, chère à ses convictions, qui dépasserait la frontière du Berry et du Bourbonnais. Bien qu’aujourd’hui cela nous semble étrange, il n’y a qu’une cinquantaine de kms entre Nohant et Chambérat, les paysans ne se déplaçaient guère au 18e siècle sauf à aller vendre leurs produits ou leurs bêtes sur les marchés et les foires. Choc entre deux mondes celui des paysans éleveurs, travailleurs de la terre : «Le caractère grave et silencieux du paysan n’est pas un des moindres charmes de cette contrée. Rien ne l’étonne, rien ne l’attire. Votre présence fortuite dans son sentier ne lui fera pas même détourner la tête, et si vous lui demandez le chemin d’une ville ou d’une ferme, toute sa réponse consistera dans un sourire (…) Le paysan du Berri ne conçoit pas qu’on marche sans savoir où l’on va. » (début du roman Valentine – 1832) Et en contrepoint les « bûcheux et fendeux» de la forêt bourbonnaise, hommes qui bougent souvent avec femmes et enfants, qui aiment dormir à la belle étoile et qui aux yeux de George sont des êtres « libres ».

J’ai beaucoup aimé ce roman qui condense tellement de thèmes : le lien organique entre la terre et l’Homme, l’importance des « cornemuseux » véritables stars dans les pays lors des fêtes de village et des fêtes familiales, le dépassement des frontières mentales, l’union de deux cultures qui aboutit à une fusion bénéfique, la création d’une sorte de lieu quasi mythique où rien de négatif ne pourra plus arriver. Tout cela cadencé par la compétition et les cérémonies initiatiques des joueurs de cornemuses, sorties de l’imagination de George mais pas seulement, elle s’est largement documentée auprès de son ami Agricol Perdiguier, auteur en 1839 du Livre du compagnonnage. Les ouvriers fendeux (bûcherons) étaient aux confins du Berry et du Bourbonnais organisés en sociétés secrètes dont un texte de 1764 en atteste l’existence.

Pour résumer : Passés les premiers moments où il faut s’abandonner à la langue de Tiennet, paysan de son état, j’adore son mêmement (pour même), c’est un bonheur de lecture. Pour comprendre la volonté de George Sand quant à cette langue, je vous laisse lire les 3 pages (reproduction fournie par Gallica) de la préface de son roman. D’autre part si vous le lisez  je vous conseille de choisir en poche une édition avec un supplément éclairant sur l’œuvre, j’en indique une il y en a d’autres.

 

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Avatar de Sacha Sacha dit :

    J’ai récemment relu George Sand avec sa Petite fadette que j’ai adorée! Mauprat est entré dans mes étagères par la même occasion, et ces Maîtres sonneurs sont très tentants aussi. C’est une très belle langue qu’utilise George Sand, un peu déroutante parfois mais j’y retrouve du patois de mes ancêtres bien qu’ils ne soient pas du tout de cette région.

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    1. Avatar de anniemots anniemots dit :

      Il fait se laisser bercer par ce vocabulaire qui est pour la plupart d’entre nous celui de nos ancêtres pas si lointains. Une façon de garder le lien.

      Bonne journée

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  2. J’ai peu lu cette grande autrice qui semble ici dépeindre avec force un monde loin du nôtre.

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    1. Avatar de anniemots anniemots dit :

      c’est d’une poésie et d’une sincérité à faire pâlir nos sociétés…

      c’est beau.

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