Je dénonce l’humanité de Frigyes KARINTHY

 Parution : édité en France en 1996 par Viviane Hamy, retirage en mars 2014 dans la collection « bis », traduit du  hongrois par Judith et Pierre Karinthy

 Le style / Le genre : nouvelles spirituelles, drôles, cruelles et géniales écrites entre 1912 et 1934.

 Les lieux : Budapest (Hongrie)

 L’auteur : Frigyes est né en juin 1887 à Budapest et mort à Siófok (près du lac Balaton) en 1938. Il devient célèbre à 20 ans grâce à des nouvelles et des chroniques qui révèlent un humour et un sens de l’observation très aiguisés. Il est resté célèbre comme humoriste, « en humour je ne plaisante jamais » avait-il dit, mais se voulait aussi philosophe, poète, romancier et traducteur (de son idole Heinrich Heine). De 1910 à 1930 c’est une célébrité en Hongrie mais injustement mal connu en France, très peu de ses œuvres ont été traduites. Citons « Voyage autour de mon crâne » Viviane Hamy 1996, il raconte son opération du cerveau (réussie) pour enlever une tumeur. Pour vous faire comprendre l’importance de cet auteur en Hongrie il suffit de savoir que lorsqu’un Hongrois raconte une histoire étrange et loufoque on dit encore « Est-ce une Karinthy ? ».

L’histoire : inracontable puisque ce sont 40 nouvelles sans lien les unes avec les autres, avec cependant un fil rouge commun : la dérision, le comique et le tragique. Les préoccupations de Frigyes (dans le désordre) : esthétiques, morales, sociales, philosophiques, le tout emballé par l’humour.

Mon avis : j’ai adoré ! Et c’est d’autant plus agréable que je ne savais pas que j’allais découvrir ce livre quand je suis entrée dans la librairie Leclerc de Romorantin (hélas triple hélas plus de libraire indépendant dans cette ville). J’ignorais presque tout de l’auteur, sauf à connaître dans ma profession de libraire le titre du livre « Voyage autour de mon crâne ». C’est en fait un bandeau rouge (merci Viviane Hamy) posé autour du livre qui a attiré mon attention dans le maigre rayon de la littérature allemande et est-européenne. Il était inscrit « Et si Desproges était hongrois ? », vous avouerez que c’est une bonne entame ! Je l’ai feuilleté et acheté aussitôt. Je me suis régalée, les nouvelles sont grinçantes, drôles et très contemporaines.

Pour n’en citer qu’une, « J’étudie l’âme humaine » : extrait  « Ces derniers temps je me suis très sérieusement consacré à l’étude de la psychopathologie et à celle des différents dérèglements de la vie psychique : démences, paranoïa, idées fixes. J’ai écouté durant deux semestres Moravcsik, Ranschburg, Sigismund Freud expliquant le diagnostic et la thérapie des névroses et des psychoses. Très modestement je me suis découvert un sens excellent et inhabituel pour diagnostiquer les causes des idées fixes et des maladies asthéniques. (…) Dans la louable intention d’approfondir mon talent, je demandai à un des médecins-chefs de l’asile psychiatrique de m’introduire dans son institution (…). Avec un instinct intérieur sûr, mes yeux perçants s’arrêtèrent sur un jeune homme pâle qui portait un blouson blanc ; il affichait un air indifférent et fatigué et se tenait assis de l’autre côté, près de la clôture. Je décidai d’entamer avec lui ma mission d’étude. Surmontant un frisson naturel je m’approchai et l’abordai avec douceur.

– Comment allez-vous ?

Il me regarda. Aucune trace d’excitation sur ce visage fatigué.

– Ça peut aller, dit-il calmement.

Oui, aucun doute, c’est un cas. Cas de démence apathique précoce, état mélancolique. (…)

(la fin) J’ai abandonné définitivement l’étude des maladies mentales. »

Bien évidemment j’ai éludé tout ce qui pourrait vous faire deviner la chute, il faut vite aller acheter ce petit bouquin pas cher (9 euros prix éditeur) pour pouvoir déguster cette nouvelle et toutes les autres.

Pour résumer : grinçant, spirituel, drôle ! Mon coup de cœur de l’année.

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