Rhapsodie balkanique de Maria KASSIMOVA-MOISSET

rhapsodie balkanique kassimova brochéParution : en août 2023 dans les éditions des Syrtes, ouvrage broché épuisé à ce jour. En mai 2024 en format poche chez Syrtes-poche. Traduction du bulgare par Marie Vrinat.

Broché :  259 pages – 21 €   Poche : 320 pages – 12.50 €rhapsodie balkanique poche kassimova

Le style, le genre : roman biographique et historique, c’est l’histoire romancée de la grand-mère de l’auteure. Il est situé dans la première moitié du 20e siècle.

L’auteure : Maria Kassimova-Moisset est née en 1969 dans une famille d’artistes : son père, Hindo Kassimov, était un acteur de théâtre très connu et apprécié en Bulgarie, sa mère réalisatrice à la Télévision nationale. Après des études de lettres à l’université de Sofia, elle collabore aux rubriques culturelles de plusieurs journaux et magazines (dont Demokratsia, Sega, Elle, Kapital light, Amica, MAX, L’Europeo). Elle est actuellement journaliste free-lance et consultante.

Les lieux : la Bulgarie, Istanbul.

L’histoire : la Bulgarie au début du XXe siècle, une société pétrie de traditions, de superstitions et de conventions ancestrales. La jeune Miriam, fantasque, indépendante, un peu sorcière, aime Ahmed envers et contre tout. Elle décide de vivre avec lui, puis de le suivre à Istanbul au risque d’en payer le prix fort. Miriam doit se battre à chaque instant pour garder sa liberté : celle d’être dès le début une enfant libre et s’épanouir comme elle l’entend, puis comme femme, comme amoureuse, épouser qui elle entend (un homme aussi libre qu’elle), enfin, comme mère. Mais, rattrapée par les préjugés, elle est confrontée à un choix impossible.rhapsodie balkanique maria kassimova moisset

L’histoire racontée par Maria Kassimova-Moisset est celle de sa grand-mère et de son père, telle qu’elle lui a été racontée, telle qu’elle s’en souvient. La narration, qui s’attarde tour à tour sur les différents personnages, est entrecoupée par des dialogues dans lesquels l’autrice interpelle et questionne leurs actes. Créant ainsi un pont avec le lecteur du XXIe siècle.

Mon avis : roman poignant et même grandiose que j’ai adoré. Merci à Sacha du blog Des romans mais pas seulement qui a si bien écrit sur ce livre et qui m’a donné envie de le lire. C’est une histoire simple mais belle… et tragique.

Le début du livre est lumineux, il nous fait ressentir ce qu’était cette région du monde ouverte à toutes les communautés et tous les cultes. Bulgares, Grecs, Turcs, Arméniens, Hébreux… puis petit à petit on voit que ce qui est une chance devient intolérance quand une femme dévie de ce qu’on attend d’elle. Le suivisme est alors d’une violence inouïe, on ne peut pas aller contre le diktat du groupe…on devient intolérant à son tour. Miriam est héroïque dans tous les moments de sa vie même si le dernier épisode du roman, que je vous laisse découvrir,  est déchirant. Les dernières pages allument une lueur d’espoir et m’ont permis de refermer le livre soulagée.

Le procédé littéraire qui vise à instaurer un dialogue entre les différents protagonistes et l’auteure est carrément malin, il vient interrompre le récit romancé pour apporter la puissance de la vérité, celle qui a initié le projet de Maria.

« – Fais surtout attention à ne pas jouer avec les nerfs de maman, parce que si elle apprend que ton amant est d’une autre confession…  (…)

– Qu’est-ce que tu as dit ?

– Beaucoup de choses, mais ce qui importe, c’est ce qui t’a fait t’arrêter de courir vers…

– Vers celui qui est d’une autre confession, c’est bien ça ? (…)

– Oui, Miya, chuchota-t-il, oui, il est d’une autre confession. Et tu le sais. Si maman l’apprend, il n’y aura plus aucune place pour toi, aucune place, ni sur cette terre ni sur l’autre.

– Moi, ma place, je l’ai trouvée, Pena, répondit Miriam. J’ai besoin de peu de place, tu sais, comme il y en a là.

Mya ouvrit lentement les bras. Les leva à hauteur de ses épaules, les étira jusqu’au bout, jusqu’à l’extrémité de ses doigts, et resta ainsi.

– Voici, Pena, mon frère, tout ce dont on a réellement besoin et que l’on peut emporter avec soi. Ce qui est compris entre les deux bras, rien de plus. Et Ahmed, que tu vois là-bas, sous l’arbre, Ahmed, qui est d’une autre confession, quand il ouvre les siens, j’y tiens tout entière ! Je colle comme un morceau de vase cassé. Comme une bouchée de pain avalée. J’y retourne comme la dernière goutte d’eau dans une terre sèche. Je m’imprègne et pousse, croîs et fleuris, donne des fruits et pourris. Je m’endors entre ses bras, je me rends. Je meurs et renais sans même savoir quand la mort se sépare de la vie. »

Pour résumer : beau livre, très belle écriture. Une histoire vraie racontée avec passion et talent. À ne rater sous aucun prétexte.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Avatar de Sacha Sacha dit :

    Oh que je suis contente qu’il t’ait autant plu! Ce roman est un petit bijou et que d’émotions il m’a fait vivre en moins de 300 pages !

    Aimé par 1 personne

  2. Avatar de Patrice Patrice dit :

    Heureux de voir que ce livre t’a plu. Je te rejoins complètemement. C’est un livre très fort, qui génère beaucoup d’émotions, avec des personnages attachants. Une très belle découverte !

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