La collision de Paul GASNIER

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Parution :  en août 2025 dans les éditions Gallimard, collection La Blanche.

Broché :  161 pages – 19 €    

Le style, le genre : récit autobiographique et littéraire, drame familial.

L’auteur : né en 1990 à Lyon, il est diplômé de Sciences Po Paris en 2015. Il est également diplômé de l’INALCO où il a étudié l’hindi, qu’il parle couramment. Il est depuis 2019 chroniqueur politique pour Quotidien (TMC). En plus de ses contributions à “Quotidien”, il a mené des reportages pour des émissions comme “Envoyé spécial”, “Complément d’Enquête”, et “66 Minutes”.

Les lieux : Lyon.

Le thème : En 2012, en plein centre-ville de Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse, une femme décède brutalement, percutée par un jeune garçon en moto cross qui fait du rodéo urbain à 80 km/h.

Dix ans plus tard, son fils, qui n’a cessé d’être hanté par le drame, est devenu journaliste. Il observe la façon dont ce genre de catastrophe est utilisé quotidiennement pour fracturer la société et dresser une partie de l’opinion contre l’autre. Il décide de se replonger dans la complexité de cet accident, et de se lancer sur les traces du motard pour comprendre d’où il vient, quel a été son parcours et comment un tel événement a été rendu possible. En décortiquant ce drame familial, Paul Gasnier révèle deux destins qui s’écrivent en parallèle, dans la même ville, et qui s’ignorent jusqu’au jour où ils entrent violemment en collision. C’est aussi l’histoire de deux familles qui racontent chacune l’évolution du pays. Un récit en forme d’enquête littéraire qui explore la force de nos convictions quand le réel les met à mal, et les manquements collectifs qui créent l’irrémédiable.

Mon avis : le premier court chapitre, 5 pages, et particulièrement ses dernières phrases nous font entrer directement dans la problématique.

« Ce livre est le récit de cette collision, qui n’est ni un accident ni un meurtre. Une histoire française du début du XXIe siècle, où deux destins parallèles voués à s’ignorer se sont percutés, dans un pays éclaté et malade. »

Un garçon de 17 ans, Saïd, qui roulait sans permis sous l’emprise du cannabis a percuté et tué la mère de Paul en faisant une roue arrière pour impressionner ses copains. A 21 ans au moment du drame, il aurait eu toutes les raisons de basculer dans le camp des pourfendeurs de racailles, d’origine étrangère de préférence. Ceux qui volent, violent et tuent les honnêtes gens sont des immigrés… c’est ce qu’il entend dans les meetings des candidats d’extrême droite qu’il suit pour Quotidien.

C’est un livre intelligent qui ne se contente pas de faire revivre le drame, mais qui prend le temps de comprendre comment des jeunes hommes peuvent basculer à ce point. Paul ne se présente pas comme un être auréolé d’une mansuétude à toute épreuve, il nous raconte sa colère, sa haine. Puis son désir de comprendre va lui permettre de décortiquer les ressorts de la plongée dans la délinquance et la violence. Pour cela il se plonge dans les dossiers de la procédure judiciaire et rencontre dix ans après l’ avocat de sa famille et de la partie adverse.

J’ai éprouvé un choc car ce que décrit Paul Gasnier tout au long de cette enquête c’était ce que je venais tout juste de lire sous la plume d’Eugène Sue dans Les mystères de Paris (19e siècle). « Les mêmes causes produisent les mêmes effets » ou « tout change, rien ne change » me semblent des formules parfaitement adaptées au sujet traité.

« Cette campagne (présidentielles de 2022) a semé en moi une pensée qui vire presque à l’obsession : la mort de ma mère illustre parfaitement ce que le discours d’extrême droite dénonce. Comme si cette tragédie, ce deuil douloureux et accidentellement prématuré., revêtait soudain une dimension politique, dix ans après les faits, avec une traduction électorale concrète : des gens votaient, et en masse, parce qu’ils entendaient des histoires similaires à celle de ma mère, et que ces drames étaient quotidiennement utilisés pour transformer le réel en généralités. »

Pour résumer :  Passionnant, émouvant et pertinent. Il fait réfléchir.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Avatar de Sacha Sacha dit :

    J’ai justement entendu cet auteur très récemment, et j’attendais de premiers avis sur son livre. Je vois qu’il touche juste !

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    1. Avatar de anniemots anniemots dit :

      je l’avais également entendu sur France Inter et j’avais été séduite par son approche. Son livre confirme son intelligence d’analyse. En plus, ce que je n’ai pas mentionné dans la fiche de lecture c’est que c’est bien écrit !

      Aimé par 1 personne

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