Le mage du Kremlin de Giuliano da EMPOLI

le

Parution : en décembre 2022 dans les éditions Gallimard, collection La Blanche. En version poche chez Folio Gallimard en janvier 2023.

Broché :  280 pages – 20 €   Poche : 320 pages – 9.20 €

Le style, le genre : roman documentaire sous forme de fiction, relatant le parcours de l’idéologue russe proche de Vladimir Poutine, Vladislav Sourkov, les mécanismes de fonctionnement de Poutine et plus généralement du peuple russe.

L’auteur : il est né en août 1973 à Neuilly sur Seine, il possède la triple nationalité française, italienne et suisse. Son père est l’économiste Antonio da Empoli, Il suit des études de droit à Rome et de sciences politiques à Paris. Il sera, entre autres, adjoint au maire de Florence chargé de la Culture, conseiller politique du président du Conseil italien Matteo Renzi, initiateur d’un think tank, enseignant à Sciences Po Paris, etc. Le mage du Kremlin est son premier roman, il a écrit plusieurs essais, le dernier en date, à ce jour, est L’heure des prédateurs, Gallimard, 2025.

Les lieux : Russie.

L’histoire : On l’appelait le « mage du Kremlin ». L’énigmatique Vadim Baranov fut metteur en scène puis producteur d’émissions de télé-réalité avant de devenir l’éminence grise de Poutine, dit le Tsar. Après sa démission du poste de conseiller politique, les légendes sur son compte se multiplient, sans que nul puisse démêler le faux du vrai. Jusqu’à ce que, une nuit, il confie son histoire au narrateur de ce livre…

Mon avis : ce roman est réussi en tous points, écriture très fluide et style addictif grâce au parti-pris de faire raconter par Vadim Baranov (inspiré de Vladislav Sourkov) ses souvenirs au coeur du pouvoir poutinien au lieu d’en faire un récit linéaire. On sent la tension, la pression qui s’exerce sur chacun. Les chapitres alternent les faits et la vie personnelle de Vadim/Vladislav au cœur du pouvoir russe, où courtisans et oligarques se livrent une guerre de tous les instants. Vadim, devenu le principal conseiller en image du régime, transforme un pays entier en un théâtre politique, où il n’est d’autre réalité que l’accomplissement  des souhaits du Tsar (nom en interne de Poutine). Mais Vadim n’est pas un ambitieux comme les autres : entraîné dans les arcanes de plus en plus sombres du système qu’il a contribué à construire, ce poète égaré parmi les loups fera tout pour s’en sortir.
De la guerre en Tchétchénie à la crise ukrainienne, en passant par les Jeux olympiques de Sotchi, on ne peut qu’être glacé quand on comprend les techniques de manipulation de Poutine, l’exercice du pouvoir n’est jamais très glorieux mais quand la terreur tient lieu de ciment…

Un extrait qui l’illustre, le peuple est facilement manipulable : 

Le tsar lisait un document et resta silencieux quelques minutes. Puis,sans quitter des yeux la feuille qu’il avait devant lui : « Où en est mon indice de popularité, Vadia ?

– Autour de soixante pour cent, président.

– Bon. Et tu sais qui est plus haut que moi ?

– Personne, président. Le concurrent le plus proche, est autour de douze pour cent.

– Ce n’est pas vrai, Vadia. Lève ton regard, il y a un leader russe qui est plus populaire que moi. »

Je ne comprenais pas où il voulait en venir.

« Staline. Le Petit Père est, aujourd’hui, plus populaire que moi. Si nous étions face à face aux élections, il me mettrait en pièces. »

Le visage du tsar avait pris la consistance minérale que j’avais appris à reconnaître. Je m’abstiens de formuler le moindre commentaire.

« Vous, les intellectuels, vous êtes convaincus que c’est parce que les gens ont oublié. D’après vous, ils ne se souviennent pas des purges, des massacres. C’est pourquoi vous continuez à publier article sur article, livre sur livre à propos de 1937, des goulags, des victimes du stalinisme. Vous pensez que Staline est populaire malgré les massacres ? Eh bien, vous vous trompez, il est populaire à cause des massacres. Parce que lui au moins savait comment traiter les voleurs et les traîtres.»

Le Tsar fit une pause.

« Tu sais ce que fait Staline quand les trains soviétiques commencent à avoir une série d’accidents ?

– Non

– Il prend Von Meck, le directeur des chemins de fer, et le fait fusiller pour sabotage. Cela ne résout pas le problème des chemins de fer, en fait, cela peut même l’aggraver. Mais il donne un exutoire à la rage. La même chose se produit chaque fois que le système n’est pas à la hauteur. Quand la viande vient à manquer, Staline fait arrêter le commissaire du peuple pour l’Agriculture, Tchernov l’envoie au tribunal et celui-ci, comme par magie, confesse que c’est lui qui a fait abattre des milliers de vaches et de cochons pour déstabiliser le régime et fomenter une révolte. Puis il y a pénurie d’œufs et de beurre. Alors il arrête Zelinski, le chef de la commission pour le Plan, et celui-ci, peu après, admet avoir répandu des clous et du verre pilé dans les réserves de beurre et avoir détruit cinquante camions d’œufs.Une onde d’indignation mêlée à un certain soulagement traverse le pays : tout s’explique ! Le sabotage est une explication beaucoup plus convaincante que l’inefficacité Vadia. Quand il est découvert, le coupable peut être puni. Justice est faite, quelqu’un a payé et l’ordre est rétabli. C’est ça le point fondamental. »

Pour résumer :  je conseille cette lecture pour tout comprendre du mode de fonctionnement de Poutine et de ses conseillers. Je n’ai pas vu le film, certaines critiques n’étant pas très positives…plus tard peut-être ! L’avez-vous vu ?

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Avatar de Hedwige Hedwige dit :

    Merci pour ta critique fort intéressante et cet extrait qui montre ce qu’est la perversion de la pensée chez Poutine. (icône en forme du cri de Munch)

    Aimé par 1 personne

  2. Avatar de lorenztradfin lorenztradfin dit :

    Pas vu le film (je ne sentais pas un apport quelconque par rapport au livre que tu présentes bien (l’extrait est farpait)).

    J’aime

Répondre à lorenztradfin Annuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.