Parution : en novembre 2024 dans les éditions Albin Michel. Traduit de l’allemand par Corinna Gepner et Olivier Mannoni.
Broché : 660 pages – 32 €
Le style, le genre : autobiographie politique plus que personnelle. Écrite à deux mains avec Beate Baumann.
L’auteure : Angela Kasner est née à Hambourg le 17 juillet 1954 de Horst un père pasteur et d’Herlind fille d’enseignants. (Son grand père paternel Ludwig Kazmierczak, originaire de Poznan en Pologne, arrive à Berlin au début des années 1920, il transforme son nom en Kasner.) En 1954, deux ans après leur mariage ils quittent Hambourg pour Quitzow, canton de Prignitz dans le Brandebourg. Angela a six semaines. Sa sœur

Irène nait en 1964.
En 1973 elle réussit l’Abitur (équivalent du bac en Allemagne), elle apprend et parle le russe et l’anglais. Puis ce sont des études de physique, elle obtient son doctorat en 1986 avec le sujet suivant : « Influence de la corrélation spatiale sur la vitesse de réaction dans les réactions élémentaires bimoléculaires en milieu dense ». Dès avant la chute du Mur elle s’engage discrètement en politique, jusqu’à être nommée porte-parole adjointe du dernier gouvernement de RDA, démocratiquement élu, celui de Lothar de Maizière. Le 2 décembre 1990 elle entre au Bundestag. Deux fois ministre, elle prend la tête de la CDU en 1998 et en novembre 2005 devient chancelière, jusqu’en 2021 (quatre mandats). Elle se marie deux fois, en 1977 avec Ulrich Merkel, un physicien, puis en 1998 avec Joachim Sauer, également physicien.
Les lieux : l’Allemagne, l’Europe et le monde.
Le thème : Seize années durant, Angela Merkel a assumé la responsabilité d’un pays, l’Allemagne ; son action et son attitude ont marqué de leur empreinte la politique allemande, européenne et internationale. Dans ses Mémoires, elle revient pour la première fois sur sa vie en RDA jusqu’en 1990 puis dans l’Allemagne réunifiée. Comment elle, une femme venue de l’Est, est-elle arrivée à la tête de la CDU avant de devenir la première chancelière de l’Allemagne unifiée, l’une des premières puissances occidentales ? Qu’est-ce qui l’a guidée ? Angela Merkel évoque son quotidien en tant que chancelière mais aussi les jours et les nuits de tension au cours desquels elle a pris, à Berlin, à Bruxelles et ailleurs, des décisions cruciales. Elle esquisse les lignes de l’évolution actuelle et à venir en matière de coopération internationale et raconte, en toute franchise, la pression que subissent femmes et hommes politiques lorsqu’il s’agit de trouver des solutions à des problèmes complexes dans un monde globalisé. Elle nous emmène dans les coulisses de la politique internationale et montre l’importance que peuvent avoir les discussions personnelles mais aussi les limites auxquelles on se heurte. Réflexion sur la condition d’exercice de l’action politique à une époque où la confrontation a remplacé le dialogue, les Mémoires d’Angela Merkel offrent un aperçu exceptionnel sur le pouvoir vécu de l’intérieur – et un plaidoyer résolu en faveur de la liberté.
Mon avis : à quoi tient un destin ? pourquoi la petite Angela a grandi dans ce qui sera la RDA et pas à Hambourg ? Parce que son père avait un projet ambitieux, « il était persuadé qu’on aurait besoin d’une éthique de la paix si l’on voulait réussir un nouveau départ. Pour lui, cette éthique naîtrait de la foi chrétienne. Il décida donc d’étudier la théologie dans ce qui était alors les zones d’occupation occidentales. Il le fit d’emblée avec le projet de revenir ensuite dans la zone d’occupation soviétique. Il était persuadé qu’on y avait besoin de gens comme lui. Je pense qu’on peut appeler ça la vocation. (…) Ma mère était désormais résolue à suivre son époux (…). Cette décision n’eut rien de facile, ce fut un acte d’amour, qui allait être lourd de conséquences pour elle. »
Pas de pathos chez Angela, elle assume une enfance heureuse à Templin (Uckermark brandebourgeois) malgré le chagrin qu’a engendré 28 ans de séparation avec sa famille restée à Hambourg. En grandissant elle souffre de la destinée de sa mère empêchée d’enseigner « elle donnait des cours d’allemand et de mathématiques au collège pastoral, ou encore des cours de grec et de latin qu’elle dispensait aux futurs étudiants du petit séminaire des langues de Berlin (…). Mais au fil des ans, les missions du collège se concentrèrent de plus en plus sur la formation continue des pasteurs, si bien que les domaines d’activité de ma mère furent de nouveau restreints. Elle travailla encore un temps comme secrétaire de mon père, l’épouse d’un pasteur n’étant pas autorisée à donner des cours dans l’enseignement public. Partout où il était question d’éducation en RDA, il fallait écarter les influences religieuses. La RDA se considérait comme un État athée. »
Le début du livre rassemble quelques souvenirs privés mais finalement très peu.
Discrète et peu désireuse de dévoiler trop de choses personnelles c’est bien vite la situation politique, économique et sociale qui prend le pas. Aucune révélation people n’est à attendre, pas le genre de la maison. Malgré tout, les photos de sa famille, d’elle enfant et jeune fille sont très émouvantes, peut-être parce que on peut s’y reconnaitre au détour d’un style de vêtement, d’une coupe de cheveux et par l’atmosphère des différentes époques. RDA ou pas RDA je pourrais me reconnaitre dans la photo 10 du premier encart photos. Ne vous y précipitez pas trop vite 😉 !
Donc vous aurez compris que si vous ne vous intéressez pas un minimum à l’Allemagne, pas la peine d’aller plus loin, c’est du lourd, les 660 pages vont vous plonger dans la mécanique politique allemande, mais aussi et surtout à l’aune des différents évènements qui ont jalonnés sa carrière l’explication de ses prises de décision, c’est ce que j’ai trouvé passionnant.
Suivre avec elle en léger différé le 11 septembre et l’arrivée de l’€ (elle était alors à la tête de la CDU), la crise des subprimes, la mise en chantier des différents traités européens, la première agression contre l’Ukraine et l’annexion de la Crimée, les attentats islamistes en France, en Espagne et en Allemagne, l’accueil du million de migrants syriens, les Talibans en Afghanistan, l’arrivée de Donald Trump pour un premier mandant aux USA, etc. permet de comprendre bien des choses. Elle nous fait toucher du doigt l’extraordinaire complexité de gérer des injonctions contradictoires.
Et que dire des interactions avec ses homologues partout dans le monde, ce ne sont que recherches de compromis avec les plus censés et rapports de force avec les autres. Anstrengend !
J’ai de l’admiration pour le parcours de cette femme et j’ai apprécié qu’elle nous ait rapporté avec honnêteté son témoignage, n’omettant pas de parler de ses erreurs, elle participe à la compréhension de notre époque.
Pour résumer : quel destin ! c’est une sacrée vie tout de même, indépendamment de ce que l’on peut penser de son action !

J’ai tendance à être un peu critique sur son action mais c’est un livre qui me plairait beaucoup, comme tout ce qui touche à l’Allemagne.
Merci pour la chronique, ce n’est pas tous les jours qu’on peut en lire sur de tels livres !
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j’en suis heureuse. il faut lire dans l’ordre les chapitres jusqu’à son accession à la chancellerie. ensuite on peut picorer selon les thèmes et périodes traités. cela permet de ne pas être rebuté par le « pavé »
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