Parution : en 2006 dans les éditions du Seuil (épuisé), et en format poche dans les éditions Points Seuil (épuisé). Traduction du grec moderne par Caroline Nicolas.
Poche : 473 pages. A dénicher en bibliothèque ou en occasion.
Le style, le genre : roman policier grec, le narrateur est le commissaire Charitos. Il appartient à la famille des « auteurs de romans policiers en colère » comme Mankell et Montalbán. En France il est bien dommage que ce soit une galère pour les commander ou les trouver en occasion, j’ai attendu 2 ans pour essayer de trouver les premier et deuxième volume de la série Charitos, et faire chou blanc, pour finalement commencer à le découvrir avec cette troisième enquête (apparemment c’est un des meilleurs). Si vous lisez l’allemand vous les trouverez sans problème.
L’auteur : Petros Markaris est né le 1er janvier 1937 à Istanbul d’une mère grecque et d’un père arménien, il vit à Athènes. Après avoir étudié l’économie il devient auteur dramatique, traducteur de Brecht, de Goethe et de Wedekind, il parle quatre langues. Il est également scénariste pour des séries TV grecques et surtout de Theo Angelopoulos (entre autres le scénario du film L’Éternité et Un Jour, palme d’or du Festival de Cannes 1998). Ses enquêtes du commissaire Charitos connaissent le succès dans nombre de pays.
L’histoire : à Athènes, le commissaire Kostas Charitos est en congé pour trois mois, suite à une balle perdue reçue au poumon, lors de sa précédente enquête. Au bout d’un mois il se sent guéri, l’inaction lui pèse malgré son penchant pour la lecture des dictionnaires. Les soins trop attentifs de sa femme Adriani l’étouffent, il déprime. Se produit alors un événement qui « réveille le flic » en lui : Jason Phaviéros, entrepreneur de travaux publics bien connu (chargé de la construction du village olympique : nous sommes en 2003), pressé de questions dans un talk-show sur ses liens avec des membres du gouvernement qui favoriseraient ses affaires, répond en sortant un pistolet et en se tirant une balle dans la bouche. Qui peut considérer que ce suicide en direct sous les yeux de millions de téléspectateurs est suspect ? Personne sauf Kostas Charitos qui décide d’enquêter officieusement. Alors qu’il accumule ses informations avec patience et obstination, un second suicide encore plus spectaculaire a lieu en direct à la télévision : il s’agit cette fois du député Lucas Stéphanakos. Peu de temps après le célèbre journaliste Apostolos Vakirtzis s’immole par le feu. Dans chacun des trois cas, le commissaire Charitos observe le même scénario : un groupuscule d’extrême droite revendique d’avoir poussé les trois personnalités au suicide, une biographie plutôt élogieuse paraît sur chacun d’eux. Ils ont en commun un passé gauchiste — révolte étudiante, lutte contre la junte, prison, torture — puis une reconversion dans les affaires, la politique, le journalisme, sans perte d’idéal en apparence. L’indifférence initiale des autorités vire à la panique tandis que dans une Athènes transformée en vaste chantier, Charitos déploie minutie et ténacité pour réunir toutes les pièces du puzzle d’autant plus qu’on complote pour lui prendre sa place au Département des homicides.
Mon avis : j’ai fait la connaissance du commissaire Kostas Charitos ce mois d’août, dans une ambiance de canicule qui m’a permis d’appréhender la Grèce comme si j’y étais. Athènes n’est qu’un immense chantier, les travaux pour les jeux olympiques de 2004 battent leur plein en ce mois de juin caniculaire. Sur fond de corruption généralisée le commissaire se faufile dans tous les espaces possibles pour résoudre les enquêtes. L’ancienne dictature des colonels est très présente (1967 à 1974) dans les scories laissées un peu partout, administration, affaires, police, médias. Il en résulte des solidarités, des amitiés et des silences qui sont difficiles à pénétrer. Dans ce cadre j’ai beaucoup aimé Kostas, personnage obstiné, patient et intelligent, tout comme son environnement familial aussi présent, voire plus, que les policiers de son commissariat. Il y a peu de polars dont l’épouse du policier prend autant de place, et c’est peu dire que cette Adriani en prend de la place. Situations très drôles ! Petros Markeris tape dur et charge sans concession les évolutions politiques et sociologiques de la Grèce, une bonne façon d’avoir une photographie de la Grèce d’il y a plus de 20 ans, avant que ne s’abatte sur elle le FMI.
Pour résumer : excellent polar, mais qu’attendent les éditeurs pour les rééditer, à l’heure de l’impression numérique low cost ?
Η βία της αποτυχίας (I vía tis apotychías) (2024) et Η απάτη είναι το μέλλον (I apáti eínai to méllon) (2025), eux, ne sont toujours pas traduits !


Du polar grec qui n’a rien d’antique. A découvrir, donc.
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Avant un voyage à Athènes (après la Sicile), instructif !
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