La leçon d’allemand de Siegfried LENZ

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Parution : écrit en 1968 le livre sera traduit en français en 1971 par les éditions Robert Laffont dans la collection Pavillons, il paraît en poche chez 10/18, ainsi qu’en Pavillons poche en 2009 dans une édition revue et corrigée, réédité en mars 2026. Traduction de l’allemand par Bernard Kreiss.

Poche Pavillons : 572 pages – 12.90 €

Le style, le genre : roman d’initiation, roman historique.

L’auteur : Siegfried Lenz naît le 17 mars 1926 à Lyck en Prusse Orientale, dans l’actuelle Pologne. À l’âge de treize ans, il est inscrit aux Jeunesses hitlériennes et, en 1943, il est contraint d’interrompre ses études pour s’engager dans la marine nationale. Sommé de participer à l’exécution d’un de ses camarades, il déserte et se réfugie au Danemark. À la fin de la guerre, il est fait prisonnier par les troupes d’Occupation anglaises. Très vite libéré, il suit des études classiques de philosophie et de littérature anglaise. Puis devient journaliste, chargé de la critique littéraire, dans le quotidien Die Welt, alors contrôlé par les forces britanniques. Il se tourne vers l’écriture avec le succès que l’on sait. Convaincu que l’écrivain a un rôle moral à jouer, il s’engage au côté de Günter Grass pour défendre la politique de Willy Brandt (SPD = sociaux démocrates) en participant à ses campagnes électorales de 1965 et 1972. Il fait également partie du Groupe 47 aux côté de Grass, de Hans Werner Richter, Heinrich Böll, Peter Handke, Martin Walser, Ingeborg Bachmann, pour en savoir plus c’est ici.

Il décède en octobre 2014 dans sa chère ville de Hambourg, qui a souvent tenu une place importante dans ses écrits. Il y est devenu citoyen d’honneur et membre honoraire de la Freie Akademie der Künste Hamburg. Outre La Leçon d’allemand, il est l’auteur de Des vautours dans le ciel (1951), Duel dans l’ombre (1953), Du pain et des jeux (1959), Le dernier bateau (2001), Une minute de silence (2009), Le Bureau des objets trouvés (2010) et de nombreuses nouvelles et essais.

Les lieux : un centre de détention pour mineurs sur une île au large de Hambourg avec vue sur l’Elbe ; et dans un village fictif (Rugbüll), au nord de l’Allemagne, près de la frontière germano-danoise.

L’histoire : perdue dans la mélancolique mer du Nord, une prison située sur une île au large de Hambourg accueille de jeunes délinquants. Siggi Jepsen, un des détenus, est placé à l’isolement pour avoir rendu copie blanche lors d’une épreuve de rédaction pendant le cours d’allemand. Ce n’est pas qu’il n’ait rien à dire sur le sujet « Les joies du devoir« , au contraire. Dans l’isolement de sa cellule, il se remémore ce qui a fait basculer sa vie. En 1943, son père, Jens Ole Jepsen, officier de police, est contraint de faire appliquer la loi du Reich et ses mesures antisémites à l’encontre de l’un de ses amis d’enfance, le peintre Max Nansen. Siggi remet alors en cause l’autorité paternelle et va tout faire pour sauver son ami et son œuvre.

Mon avis : mon premier contact avec l’œuvre de Siegfried a été formidable, j’ai beaucoup aimé ce roman qui livre un récit très personnel de la vie en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale, à hauteur d’un jeune garçon qui est confronté à la notion de « devoir ». On suit Siggi pour une petite part dans le présent pendant sa détention, rencontres très piquantes avec les psys  et épisodes avec le gardien, le directeur et les autres jeunes, et en 1943 année de la temporalité du récit de sa punition « Les joies du devoir », quelle ironie !!! L’imbrication des deux niveaux temporels est amené magnifiquement.

Lorsque les responsables culturels nationaux-socialistes interdisent la peinture à Max Ludwig Nansen (le modèle du personnage était Emil Nolde, également interdit de peinture en 1941 malgré un soutien au régime nazi découvert par des chercheurs assez récemment…), c’est le conflit entre pouvoir et art qui est posé, la liberté de l’artiste face à l’endoctrinement, au savoir empêché à l’école où les préjugés racistes sont inculqués aux élèves.

Siggi est déchiré entre son obéissance à son père et son admiration pour le peintre, d’autant plus que celui-ci, célèbre dans l’Europe entière, est un ami de son père. Le secret et la dissimulation deviennent les seules options. On est plongés avec Siggi dans ce tourbillon maléfique et créateur d’une conscience.

Pour résumer : je remercie François Busnel (excellente courte émission de juillet 2026 « La p’tite librairie »sur France 5) de m’avoir donné envie de découvrir ce roman, le plus connu de Siegfried Lenz. Je recommande cette lecture à tout public.

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