Un requiem allemand (la trilogie berlinoise 3) de Philip KERR

la trilogie berlinoiseun-requiem-allemandParution : écrit en 1991, traduit de l’anglais en 2008 par Gilles Berton pour la collection Le Masque, département des éditions Jean-Claude Lattès. Parution en 2010 en format poche chez le Livre de Poche.

Le genre, le style : roman policier historique qui se déroule à Berlin en 1947. Roman écrit à la première personne par le héros du roman Bernhard Gunther, enquêteur privé passé par la Kripo (Kriminal Polizei).

L’auteur : Philip Kerr est né en 1956 à Edinburgh en Ecosse, j’apprenais avec tristesse sa mort le 23 mars 2018 alors que j’étais en pleine lecture du deuxième volume de cette trilogie (La pâle figure).
Il a fait des études de droit et de philosophie à l’université de Birmingham. Il est d’abord rédacteur de publicité puis journaliste. Le succès international de cette trilogie berlinoise lui permet de se consacrer à temps plein à ses polars. Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures à partir de 2006 (Hôtel Adlon, La dame de Zagreb). C’est un auteur à découvrir pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait.

Les lieux : Berlin, Vienne (Autriche).

L’histoire : Bernie a maintenant 49 ans, il est marié avec Kirsten qu’il soupçonne de se prostituer avec des militaires américains pour améliorer l’ordinaire. Après avoir passé de longs mois dans un camp soviétique de prisonniers de guerre allemands il revient dans un Berlin qu’il ne connaît plus, divisé en plusieurs secteurs et encore plus corrompu que sous le pouvoir nazi et où l’influence des Russes est majeure.
Alors que sa situation conjugale le déprime il décide de répondre à l’appel de l’avocat d’Emil Becker, un ancien collègue d’avant-guerre quand Bernie était inspecteur de la Kripo à Berlin. Déjà pourri à l’époque et maintenant contrebandier, il fait appel au détective car, emprisonné à Vienne pour le meurtre d’un officier américain et condamné à la pendaison, il clame son innocence. Gunther se voit ainsi offrir beaucoup d’argent pour résoudre le cas et le faire libérer.

Mon avis : c’est le plus noir des trois romans, il commence en 1947 dans une ville de Berlin en ruine et divisée en secteurs d’occupation (russe, américain, anglais et français). Tout au long du roman ce sont les prémices de la guerre froide qui sont esquissés. La vie deux ans après la fin de la guerre y est rude, chacun se débrouille comme il peut. Bernie de retour dans son rôle de détective est plongé dans une sombre histoire où des anciens nazis espionnent les Russes pour le compte des Américains, d’autres sont des agents double voire triple. Le cynisme est roi, aucun camp n’est rendu sympathique par Philip Kerr, les Allemands sont traités plus bas que terre par les Américains, un des personnages s’adresse toujours à Bernie en le traitant de Petit boche. Il surprend des regards effrayés dans les yeux des infirmières américaines présentes dans des centres de secours en ville. « En effet, même quand nous bavardions et plaisantions, il y avait toujours quelque chose de bizarre dans leur regard, et que, sur le coup, je n’arrivais pas à identifier. Je compris quelques jours après ma sortie de l’hôpital. Et j’en fus presque malade. Ces américaines avaient peur de moi, tout simplement, parce que j’étais allemand. Comme si, lorsqu’elles me regardaient, elles voyaient défiler les bandes d’actualités sur Bergen-Belsen ou Buchenwald. En réalité, une question papillotait dans leurs yeux : comment avez-vous pu laisser faire ça ? Comment avez-vous pu tolérer de telles horreurs ? Sans doute, pendant plusieurs générations, quand ils croiseront notre regard, les citoyens des autres nations nous poseront-ils la même question muette. »
Chaque Allemand, même celui n’ayant jamais été nazi, doit pouvoir produire un certificat de dénazification prouvant qu’il n’a pas pris part aux exactions, quelle hypocrisie quant on sait les exfiltrations nombreuses de nazis hauts placés vers l’Amérique du sud ou les Etats-Unis. C’est une vision de l’intérieur de l’Allemagne que nous donne à comprendre un Ecossais, ce n’est pas la moindre de ses réussites. Quant aux Français ils sont remis à la place qui est la leur, l’auteur ne peut s’empêcher de s’étonner (à travers un de ses personnages) que la France, qui n’a pas battu les Allemands contrairement aux trois autres, soit partie prenante de la partition de Berlin. On en prend pour notre grade par des petites piques tout au long du roman.

Pour résumer : excellente découverte d’une période complexe, basée sur des faits historiques, qui me donne envie de suivre ce détective dans ses autres aventures. Trilogie qui plaira à la fois aux passionnés d’histoire de cette période et aux amateurs de polars.

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