Les chardons du Baragan de Panaït ISTRATI

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Parution : en 1928 dans les éditions Grasset & Fasquelle, réédité en 2003 dans la collection Les Cahiers Rouges, merci Olivier Nora.

Poche : 143 pages – 8,95

Le style, le genre : roman d’apprentissage, peu avant la sanglante révolte de 1907 en Roumanie.

L’auteur : Panaït Itrati est né à Brla, en Valachie danubienne, le 11 août 1884. Sa mère est une paysanne roumaine devenue blanchisseuse, son père un contrebandier grec. Il grandit dans le port de Braïla, survivant misérablement de petits métiers. Il voyage dans le monde entier, en Grèce, en Turquie, en Syrie, en Égypte et descend jusqu’en Afrique du Sud. Il s’embarque clandestinement sur des cargos, quitte à être débarqué à la première escale. Il fait tous les métiers : valet de chambre, garçon d’hôtel, manœuvre, chaudronnier et même peintre d’enseignes. Au cours de ses voyages il a appris le français et arrive à Nice où il devient photographe ambulant sur la promenade des Anglais.

Et c’est là que son histoire prend un cours assez incroyable. Il envoie un manuscrit à Romain Rolland (le grand écrivain nivernais, prix Nobel de littérature 1915) qui, ayant déménagé, ne le reçoit pas. En janvier 1921, Romain Rolland reçoit de l’hôpital de Nice une lettre trouvée sur un homme qui a tenté de se suicider en s’ouvrant la gorge. Bouleversé par cette lecture, il décide de faire la connaissance du blessé. Le premier roman de Panaït Istrati Kyra Kyralina, écrit en français, paraîtra en 1924 augmenté d’une préface de Romain Rolland qui compare l’auteur à un « Gorki balkanique ». Le livre connaît un grand succès. L’Oncle Anghel et Présentation des Haidoucs compléteront en 1925 et 1926 la trilogie des récits d’Adrien Zograffi. Suivent une dizaine de romans.

Les lieux : la Roumanie.

L’histoire : dans le village de Laténi (Lățeni), sur les rives du bras danubien de Borcea un enfant sillonne la campagne roumaine au début du siècle à la suite de son père marchand ambulant. C’est la peinture d’un monde asservi, qu’un incident fait basculer en un instant de la résignation dans la révolte.

Mon avis : Je dois à Emmanuel Ruben et à sa route le long du Danube la découverte de cet écrivain roumain qui écrit en français et de quelle manière ! Je comprend que Romain Rolland ait été subjugué, et ne passez pas sur le petit résumé biographique, son histoire est incroyable. Le résumé de l’histoire est court comme l’est le roman, seulement 143 pages. Mais quelle puissance ! Poussé par sa mère, Mataké (ou Matache) accompagné de son père part vendre leur stock de poissons, il ne reverra pas sa mère, puis dans un second temps perdra son père. Poussé par le vent du Baragan avec son compère Yonel il parcourt la campagne roumaine encore sous gouvernement quasi féodal. En large partie autobiographique, vous découvrirez dans ce roman un monde de dénuement et de sauvagerie à la fois lyrique et réaliste sans qu’à aucun moment il n’y ait de facilités dans la description des gens et des situations. Brillant ! Cet écrivain a connu un immense succès en son temps, j’aimerais tant qu’on le relise !

Pour résumer : je vous laisse découvrir la fascination qu’exerce la course aux chardons du Baragan sur tous les êtres vivants et je rajoute ceci : « On voudra bien se souvenir que l’homme qui a écrit ces pages si alertes a appris seul le français, il y a sept ans, en lisant nos classiques. » Romain Rolland.

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