Les enfants Jéromine de Ernst WIECHERT

Les Enfants JéromineAfficher l'image d'origine

Parution : en 1948 chez Calmann-Lévy, et réédité en avril 2016 en poche chez Le Livre de Poche-Biblio

Traduction de l’allemand par F. Bertaux et E. Lepointe

Le genre, le style : roman allemand dans la grande tradition du « Bildungsroman » roman d’éducation, dominé par un accent lyrique et soumis à une musique de l’âme primitive exaltée par un sourd panthéisme. (Félix Berthaux)

L’auteur : Ernst Wiechert est né en Prusse orientale en 1887 dans une famille de forestiers, cet écrivain allemand est aussi vénéré que Thomas Mann ou Hermann Hesse. En 1911 et jusqu’en 1933 il est professeur au lycée de Koenigsberg Il a été interné du 6 mai au 30 août 1938 au camp de Buchenwald pour hostilité envers le régime nazi. Il fut relâché sous la menace « d’anéantissement physique » s’il prononçait ou écrivait un seul mot contre l’Etat hitlérien, son influence sur la jeunesse était redoutée. Cet épisode tragique provoque en lui une profonde réflexion sur l’Homme, son rapport à la société et à l’Univers. Ernst ne veut représenter que les « petites gens », son personnage principal Jons en ait l’incarnation et le porte-parole. Il s’est exilé en Suisse en 1948 et meurt en 1950.

Il a été connu en France pour deux romans antérieurs : Revenant et la Servante du passeur. Die Jeromin-Kinder est son œuvre majeure. Anecdotique mais logique : c’est le livre de chevet de François Bayrou.

Les lieux : à Sowirog petit village forestier (situé en Prusse puis en Allemagne pendant le récit puis depuis 1945 en Pologne) et Berlin.

L’histoire : Nous sommes au tout début du XXe siècle, Sowirog est un petit village aux frontières orientales de l’Allemagne. Son nom signifie Le coin aux chouettes. Tous les habitants travaillent dans les métiers se rapportant aux bois, tourbières ou lacs. Les vies de chacun sont simples et immuables, bercées par la Bible. Peu de choses filtrent de la capitale, les nouvelles viennent du marché du chef lieu où partent les femmes pour vendre de menues marchandises. Le village est sous la coupe du seigneur Von Balk qui possède toutes les terres et les eaux qui font vivre les villageois. Considéré comme n’étant pas le plus mauvais des maîtres, mais aimant les jeunes filles, il fait partie des choses immuables dans ce monde : un dieu, un maître sur terre, un empereur, des impôts, la mort.

La famille Jéromine possède une aura particulière grâce à un acte du grand-père (à découvrir). « Le grand-père était un simple bonhomme, moins que le pasteur et le juge, rien qu’un pêcheur, mais ce jour-là il a remué le monde !  (…) Et toi même, papa ? demanda Jons pâle d’émotion. Mais Jacob sourit, de son sourire calme et triste. « Non, Jons, dit-il affectueusement, je n’ai rien remué. Rien que des mots et des idées, peut-être. Vous êtes sept, et je n’ai pas eu le temps. ».

Stilling est l’instituteur, dans sa classe un jour où le pasteur est en visite Jons répond à une de ses questions avec un esprit critique peu habituel. Stilling aussi aimerait remuer le monde, après cet incident  peut-être, se disait-il, n’aurait-il pas tout à fait tort , après la journée d’aujourd’hui, de réveiller un espoir qu’il avait enterré.

« Il exerçait ici depuis bientôt quarante ans, très semblable à un homme exilé sur une île rocheuse. Mais celui qui possédait assez de patience et d’humilité pour transformer cette pierre en sable pouvait cependant, au bout de dizaines d’années, la voir produire un lichen, une mousse et peut-être même, quelque jour, une fleur. »

Cette fleur c’est Jons, il va faire des études dans des conditions difficiles grâce à l’engagement de deux hommes Balk et Stilling, mais aussi grâce à l’approbation de Jacob son père.

Mon avis : Œuvre d’une profondeur et d’une qualité romanesque incroyables, 1125 pages bénies des dieux. Tout tourne autour de cette idée folle de remuer le monde, c’est à dire de lui apporter un peu de justice. « Il est écrit dans la Bible, monsieur Stilling, dit-il, un jour que le maître avait parlé de la ruine de Carthage, que la justice régnera sur la terre… Mais mon papa dit qu’il y a bien peu de justice pour les pauvres gens. »

Une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres vont se débattre dans les soubresauts du siècle, la première guerre, le nazisme naissant et la seconde guerre. Vous allez aimer le pasteur qui ne croit plus en Dieu, l’étudiant Jumbo qui apporte une touche d’humour et une ouverture sur le monde pour le jeune Jons, le paysan Kiewitt, le berger Piontek, Jacob (le père) gardien de la meule, les frères et soeurs Jéromine qui suivent des parcours bien différents, etc.

Pour résumer : c’est un très grand livre qui se situe au niveau des plus grands romans allemands mais qui n’a pas la prétention de décrire la société allemande dans sa totalité. Son angle de vue est assez étroit puisque tous les événements se rapportent à son village des forêts de Silésie. C’est cela qui fait sa singularité et sa beauté.

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