Parution : en 1923 en Italie, en 1927 puis en 1954 dans sa version complète chez Gallimard en France. Format poche au Livre de poche collection Biblio (1999 pour la dernière édition).
Traduction de l’italien, et notes (très intéressantes), de Maryse Jeuland-Meynaud.
Broché : seulement en occasion (rare),ou bibliothèques.
Poche : 538 pages – 9.90 €
Le style, le genre : c’est le premier grand roman inspiré par la psychanalyse. Il demeure l’un des livres fondateurs de la littérature européenne du XXe siècle.
Les lieux : Trieste (Italie, depuis le 10 septembre 1919).
L’auteur : Italo Svevo (qui signifie Italien Souabe en français), Ettore Schmitz de son vrai nom, est né à Trieste en 1861 et mort en 1928. Son père est juif allemand, sa mère italienne issue de la communauté juive de Trieste. A sa naissance Trieste fait partie de l’empire austro-hongrois, on parle donc allemand, triestin (variante du vénitien) et l’italien. Parallèlement il apprend le français et l’anglais. Cela lui permet de lire les grands penseurs et écrivains européens dans le texte, (il apprend par cœur Hamlet de Shakespeare). Il étudie dans une école de commerce à la demande de son père, entrepreneur verrier, dont les affaires périclitent. Il travaillera dix-huit ans dans une banque.
Sa première nouvelle paraît en 1890 sous le titre « L’assassinat de la via Belpoggio » sous le pseudo de Ettore Samigli, ainsi que des articles de critiques littéraires, musicales et théâtrales dans un journal triestin. En 1892 il écrit son premier roman « Una Vita », puis « Senilità » qui est un échec commercial et surtout mal accueilli par la critique, suite à cet échec il renonce à la littérature pendant 20 ans et deviendra industriel en peintures pour coques de navires.

Le déclic c’est sa rencontre avec l’auteur irlandais James Joyce en 1903, d’abord son professeur d’anglais puis son ami, qui, lui, appréciera beaucoup Senilità, et qui le pousse à reprendre la plume. Petite anecdote le personnage de Leopold Bloom dans Ulysse est directement inspiré par Italo Svevo.
La reconnaissance vient enfin avec La conscience de Zeno en 1923, loué en France par Benjamin Crémieux et Valery Larbaud et par Eugenio Montale (futur Prix Nobel de littérature) en Italie. Ils le décrivent comme un précurseur de Marcel Proust, et un égal de Kafka ou de Joyce, rien de moins… Il n’en profite pas longtemps, il meurt dans un accident de voiture en septembre 1928. Bel hommage pour l’éternité, un astéroïde porte son nom, (28193)1998 WY30 Italosvevo.
L’histoire : le narrateur, Zeno Cosini, entreprend d’évoquer pour le médecin psychanalyste qui le soigne les faits marquants de son existence.
Mon avis : j’ai la curieuse impression en ce moment de me spécialiser dans la découverte des grands écrivains oubliés. Après Panaït Istrati voici Italo Svevo. Le premier était une découverte suite à la lecture d’un récit de voyage, le deuxième un voyage à Trieste. Et quand on séjourne à Trieste impossible d’échapper à Italo Svevo, il est partout, c’est la gloire de la région. Il est le reflet du multiculturalisme de ce morceau d’Italie actuelle tout proche de la Slovénie. Je ne pouvais pas faire mieux que de m’y plonger et je ne le regrette pas.

Le roman est découpé en six grandes parties : la cigarette, la mort de mon père, l’histoire de mon mariage, l’épouse et l’amante, histoire d’une association commerciale, psychanalyse.
Qu’arrive-t-il à Zeno pour qu’il consulte ? Seulement pour arrêter de fumer ? Plutôt comme l’écrit la traductrice et autrice de la préface, « il se soumet à la thérapie psychanalytique en vue de guérir d’une névrose imprécisée qui ne l’a pas empêché jusqu’ici de mener une existence privilégiée et tout compte fait heureuse. » C’est un indice qui montre que le roman n’est pas le reflet d’une admiration pour la discipline, Zeno s’en moque ouvertement. Pourtant il s’y est intéressé, en 1910 il découvre Sigmund Freud, il va même commencer à traduire La science des rêves en 1915. En réalité il y a beaucoup d’ironie dans la description des personnages, médecins comme patients, son père n’y échappe pas non plus.
L’extrait le plus cité par les détracteurs de la psychanalyse :
« Emprisonné dans l’éprouvette, le corps à analyser, toujours égal à lui-même, attend le réactif et, quand il se présente, lui donne toujours la même réponse. En psychanalyse, jamais les mêmes images ne se reproduisent deux fois, ni les mêmes mots. Il faudrait donc l’appeler autrement. J’aimerais mieux aventure psychique. C’est bien cela : au début d’une séance, on a l’impression d’entrer dans un bois où l’on ne sait trop si on tombera sur un ami ou sur un brigand. L’aventure terminée, on n’en sait d’ailleurs pas davantage. En quoi la psychanalyse s’apparente au spiritisme. »
Son combat épique contre la cigarette est à cet égard drolatique, il joue avec le lecteur et sans doute avec le médecin. Quant à ses tentatives matrimoniales elles sont picaresques ! Tout comme ses relations avec Guido son beau-frère détesté/ admiré, en effet Zeno avait bien besoin d’une analyse !!!
Pour résumer : A découvrir ses trois grands livres : Una Vita, Senilità et La Coscienza Di Zeno. Une adaptation cinématographique a été faite par Francesca Comencini en 2001, Zeno (Le parole di mio padre), je ne sais pas ce qu’elle vaut.

Excellente suggestion de lecture et de (re)découverte, à l’instar d’Istrati. Merci !
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